Mercredi 11 novembre 2009
Dernière rangée : ceux qui sont
assis par terre, trois petits évidemment. Le premier, à gauche, arbore une coupe de douilles remarquable, rien à voir avec la coupe au bol de Menu, hauteur et volume, c'est de la belle ouvrage, pratique aussi à empoigner pour un maître excédé par l'espièglerie dudit
sujet. Car le sourire et le regard malicieux ne trompent pas : nous avons ici affaire à un lascar. Ce Thierry Rofriguez avait de la ressource, de la vivacité, bref de la
ch'tiiveté, comme on dit dans le pays.Quand Léon avait quelque ressentiment contre lui, il convoquait Corneille, pas moins, en l'apostrophant par la célèbre question : Rodrigue, as-tu du coeur ?, et Thierry se devait de répondre : Tout autre que mon père/'L'éprouverait sur l'heure. C'est ainsi que nous entrions dans la grande culture classique française... De même, quandf Léon proférait un Zut retentissant à l'adresse de l'un d'entre nous, le malheureux récipiendaire se devait de se lever et de débiter séance tenante la définition du dictionnaire : Zut : (je récite de mémoire) interjection de mépris, de dépit, d'indifférence et de lassitude.
Nous partîmes cinq cents; mais par un prompt renfort / Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port. Est-ce l'influence précoce de Corneille, toujours est-il que Thierry ne prit pas racine en Tasonlanderie et s'exila sur les littoraux de notre beau pays. Il devint marin. Et participa même à la Coupe America. Il exerce d'ailleurs toujours ses talents sur la côte bretonne : j'ai trouvé cet article du site Magnautic.com, daté d'octobre 2008, où il est présenté comme le directeur de la nouvelle base UCPA de Lorient. Il y a même une photo : bon d'accord, la chevelure s'est pacifiée, mais quelque chose perdure, à mon sens, de l'ancienne malice enfantine :
Par Professeur Patrigeon Et Son Equipe
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Publié dans : 1960
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Interlude dans ma série de portraits. Mais je ne quitte pas pour autant
la rubrique 1960, comme on va le voir.
Coupe au bol impeccable, voici Menu, alias
Philippe Menuret, le fils du couvreur (je me souviens encore de celui-ci qui nous montra, un jour où nous participions au montage d'une foire-exposition sur la place de la Promenade, la
manière d' enfoncer une pointe dans une planche : d'un seul coup de marteau, il vous expédiait le métal au coeur du ligneux). Philippe et moi avons été très copains, surtout pendant les
années de collège, puis nous nous sommes perdus de vue à l'époque du lycée. Je l'ai retrouvé presque par hasard à Sarzay, où son fils allait à l'école. Un fiston qui lui ressemblait beaucoup (à
part la coupe au bol) : un gamin pas extraordinairement doué pour l'orthographe et les exercices littéraires, mais craquant de vie et de spontanéité rieuse et chaleureuse, un de ces gamins
attachants que vous retrouvez toujours avec plaisir chaque matin.
Si le Président échappa au redoublement, ce ne
fut pas le cas du garçon ici présent, Thierry Meurat, qui eut donc la chance de passer une année supplémentaire sous la férule du père Léon et de commencer à fricoter avec mon petit frère
qui avait, lui, réussi à sauvegarder son année d'avance, peut-être parce qu'il était né en janvier, va savoir. C'est qu'en effet, avec notre déménagement à Tasonlande, route de Bonnat, nous
devînmes voisins avec Thierry, dont le père travailla jusqu'à sa retraite aux Abattoirs.
Un air malicieux, pas
frileux (c'est le seul à porter un polo à manches courtes), voici Mireau, Noël je crois, dont j'ai souvenir qu'il habitait route de Châteauroux dans un de ces pavillons des années 60
avec sous-sol, escalier et balcon obligatoires. Pas d'affinité particulière avec lui, en fait s'il a laissé une trace en moi, c'est surtout à cause d'un incident de catéchisme dont il fut le héros
malgré lui.
Me voilà bien embêté. Pour la première fois, je
cale devant ce portrait, impossible d'y coller un nom avec certitude : est-ce Glaudeix ? La Rigauderie ? Ces deux patronymes ne me convainquent pas. Est-ce alors un oiseau de passage, qui stationna
quelques semaines en 1971 puis repartit vers d'autres cieux ? Mystère et boule de gomme, comme on disait jadis.
Un joli garçon, dont les filles auraient été
folles s'il y avait eu des filles... A Tasonlande, en 1971, pas de mixité. Ecole des filles, d'un côté, avenue de La Châtre, Ecole des garçons, de l'autre côté, place du Champ de Foire. Des
instituteurs ici et là des institutrices. Et pas de rapport, aucun, on ne se voit jamais, on s'ignore. Catéchisme idem. Et dans l'église bien sûr même topo, les gars à senestre, les filles à
dextre, du côté de l'harmonium et de la sculpturale Madame Maître, préposée aux cantiques. Oui, en 1971, au fin fond du Berry, on ne mélange toujours pas les sexes. Et je crois savoir que les
relations n'étaient pas au beau fixe entre Léon et la directrice de l'école des filles, Melle Deschâtre.
Retour à gauche. Les assis. Le premier d'entre eux
c'est Bigot. Lunettes, sourire dents blanches, blouse avec ailes d'aviateur, les mains sagement posées sur les genoux, on dirait l'élève modèle, notre 
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