"Se ménager du temps est nécessaire pour l'esprit. Pour l'esprit, il faut du
temps perdu." C'est
Paul Valéry qui écrit ça, que
je découvre dans le vaste livre de Marc Fumaroli,
Paris- New York et retour, voyage dans les arts et les images (Fayard). Autant dire qu'il apportait là sa pierre à la
philosophie tasonne. Car le tason est éminemment un philosophe du Temps, quand bien même il n'aurait jamais lu une ligne de Platon, de Descartes ou de Kant (ce qui est, avouons-le, le cas le plus
fréquent). Le tason est le plus souvent un philosophe qui s'ignore.
De Paul Valéry, je réalise que je n'ai jamais lu un de ses ouvrages à proprement parler. Pourtant je ne cesse de le croiser dans mes lectures, car il est beaucoup cité. C'est quelqu'un qui, sans
être penseur de profession, a réfléchi sur tout, et entre autres, de façon profonde, sur le devenir de cette civilisation qui est la nôtre. Son "Nous autres, civilisations, nous savons maintenant
que nous sommes mortelles » est justement célèbre.
Pas très glamour, Valéry, évidemment : Académie Française, poète presque officiel avant la guerre, très loin de l'exaltation surréaliste, il ne fait guère rêver. Pourtant, ne l'oublions pas, "sous
l’Occupation, Paul Valéry, refusant de collaborer, prononce du haut de son poste de secrétaire de l'
Académie française l'éloge funèbre du "juif
Henri
Bergson". Il perd son poste, comme celui d’administrateur du
Centre universitaire méditerranéen (CUM) de
Nice."
Pour n'être pas à la mode, il n'est pas près d'être démodé. De même le tason...
Pour lire Valéry, allez voir les
québecois.