Il est tard, je ferais mieux d'aller me coucher, mais je ne peux pas laisser passer l'info sans marquer le coup : Lucien Jeunesse vient de tirer
définitivement sa révérence. Sans vouloir donner dans une nostalgie excessive, on doit bien reconnaître que sa voix et le Jeu des Mille Francs ont été des repères essentiels de nos jeunes
années. Lucien Jeunesse, son nom même sonnait comme un paradoxe : qui s'appelait encore Lucien dans les années 60 (à part mon grand-père paternel, né dans les premières années du siècle) ? Le
prénom rimait avec l'ancien alors que le nom claquait comme un défi à la vieillerie. Trente ans à tasonner de village en village, à arborer un infatigable sourire. Il n'a jamais fait la gueule,
Lucien Jeunesse, en trente ans de questions de toutes les couleurs. Et comme l'écrivait Alexia Veittmeur dans l'Huma en
mars 95," Pas de doute que tout autre que lui aurait multiplié les produits dérivés : recueil de ses odes à la France profonde, livre de réflexions (1, 2… ?), et cassettes « best
of » du Superbanco. Lucien Jeunesse, lui, sur les routes toute l’année, est resté le serviteur respectueux de ses joueurs. Humble et fiable. Tranquillement à sa place. Convié à une grande
émission d’adieu, il regrette même de ne pouvoir partir sur la pointe des pieds…La preuve enfin qu'il mérite bien d'entrer au panthéon des tasons, c'est qu'il a commencé - et c'est pas une
menterie - sur la Place du Marché au Blanc (Euh, ben non, en fait, je viens de vérifier,
c'est l'émission du Jeu des Mille Francs qui a débuté au Blanc, le 19 avril 1958. Lucien n'a commencé à l'animer qu'en 1965) . N'empêche, ça montre bien qu'il y avait affinité.
Ben chez-nous ont devait fermer notre gueule pendant le repas de 1 heure moins le quart à une heure, au moins on a appris à déguster dans le recueillement, ça développe le palais, allez roulez Lucien.
Il a un goût de tomates en salade, Lucien Jeunesse.Mes grand-parents ne faisaient marcher le poste que pour lui : tous les jours, ils allaient le chercher dans le salon, le déposaient sur la toile cirée de la cuisine et mon gand-père (technicien en chef), réglait la fréquence, c'est à dire qu'il la déréglait légèrement pour avoir le bonheur de réaujuster la fréquence. Pendant les vacances, c'étaient donc tomates du jardin en vinaigrette et question bleue. Quand Jeunesse a pris sa retraite, ils ont éteint la radio. Elle n'a plus jamais quitté le salon.