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Les grands tasons qui nous quittent : Jacques Guinand


Chez lui, à l'auberge du Viaduc, c'était tous les jours Noël, et le grand sapin du carroir de Série ne quittait jamais ses guirlandes. C'est dire si lui, Jacques, tenancier du lieu, seul au gouvernail, avait le sens de la fête. Et des fêtes, il y en eut, beaucoup, qui duraient le plus souvent au-delà des horaires réglementaires. On peut bien le dire maintenant, chez Jacques on oubliait souvent de partir. Sur le tourne-disque s'enchaînaient les collectors improbables de sa collection personnelle Lui qui avait si longtemps exercé comme garçon de café à Paris, connu à La Colombe artistes et chanteurs célèbres qui y firent souvent leurs gammes, avait gardé de ce temps-là l'amour des rencontres et des nuits de liesse.
Chez Jacques, nous fîmes en je ne sais plus quelle année une réunion de préparation pour les Tasons. Jacques ne faisait pas de repas à la régulière, il fallait le prévenir assez longtemps à l'avance. Mais alors, c'était le festin assuré. Ce fut le cas ce soir-là, nous étions une dizaine et certains comme Dom Pic ont toujours pensé que ce qu'il y avait de mieux dans les Tasons, c'était les réunions de préparation, comme ça, en petit comité, avec un hôte aux petits soins comme savait l'être Jacques.
Il aimait parfois aussi, sur le coup de quatre heures du mat, sortir son fromage de chèvre hyper-sec, qu'il fallait débiter au burin. Un must, mes frères. Mais on n'en finirait pas d'égrener des anecdotes sur ce fameux Jack à S'rie, chacun doit avoir les siennes bien calées dans le souvenir.
Une méchante maladie t'a emporté, Jacques, on ne tasonnera plus chez toi, mais pour tous les bons moments que tu nous as permis de vivre à la chaleur de ton âtre et de ton amitié, merci.
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