Vous connaissez mon tempérament aventureux. Mes voyages à
Levroux sont encore dans toutes les mémoires, et il n'est guère de
semaine où je ne pousse quelque reconnaissance dans un de ces petits villages de la périphérie de Châteauroux pas toujours bien couverts par les antennes Bouygues. Que voulez-vous, je ne peux
concevoir la vie sans le piment du risque, le frisson de l'inconnu, le frémissement de l'impondérable...
Déjà samedi je n'avais pas craint de traverser nuitamment la forêt de Châteauroux pour aller écouter le brâme des
Renards Chauves à l'Orée du Bois, au
coeur de la cité velloise. Enhardi par ce défi au bon sens, le lendemain j'ai conduit toute la famille à
Saint-Gaultier.
J'avais un préjugé contre Saint-Gaultier, je dois maintenant le reconnaître. Saint-Gaultier ne m'attirait pas. Saint-Gaultier me laissait de marbre. Une cousine germaine s'y était mariée avec un
postier. Est-ce la raison ? Pourtant je n'ai rien contre les postiers. Le mystère demeure ; en tout cas, je ne faisais aucun effort pour dissiper le malentendu. La cousine avait d'ailleurs divorcé
quelques années plus tard, ça n'arrangeait rien.
Un couple d'amis lança une invitation. Un pique-nique à Saint-Gaultier. Idée saugrenue. Cependant j'acceptai, mû par je ne sais quel instinct. Et nous allâmes, nantis d'une glacière, comme il se
doit.
Et ce fut l'éblouissement. Saint-Gaultier me tint sous son charme. La Creuse y coulait, elle y coule toujours sans doute. L'herbe était douce, et nous poussâmes l'extravagance jusqu'à jouer au
freesbee. Des années que je n'avais pas lancé un freesbee. La poésie du freesbee est incommensurable.
Et nous allâmes ensuite arpenter les rives, et c'est là que je découvris cette maison atteinte de pandémie glycinique.

Le danger était donc là, tout près, que nous contournâmes gaillardement.
Je n'écris pas ces lignes sans déjà quelque nostalgie. Je sais que je retournerai à Saint-Gaultier. D'ailleurs j'y suis déjà retourné, pas plus tard qu'aujourd'hui. Pour un stage, il est vrai.
Stage, mot horrible : un aventurier part-il en stage ? Imagnine-t-on Livingstone partir en stage ? Voilà donc ce que nous sommes obligés de supporter, nous les fils du vent. Mais un temps nouveau
viendra, où nous nous vengerons de toutes ces humiliations.