
A côté du
malheureux Durand, c'est
Maillard (je ne le répèterai plus : quand je ne donne pas le prénom, c'est qu'il est tombé dans une des catacombes de la mémoire - il faut dire aussi que cette
amnésie des prénoms, considérable par rapport aux noms, s'explique par le fait que les noms de famille étaient plus utilisés que les prénoms, contrairement à l'usage actuel : Léon nous interpellait
par le nom, jamais par le prénom, et la plupart du temps nous en usions de même entre nous - bon je ferme le tiret et la parenthèse).
Donc Maillard, fils de gendarme. Le blond qui tient je ne sais quoi dans sa bouche, la main levée. Bref, le plus dissipé du rang, en toute impunité car le plus éloigné de Léon et de sa
main droite . Est-ce une invention rétrospective de ma part, mais il me semble qu'il avait maille à partir avec quelques-uns de la classe. Je me demande si avec le Président par exemple, il n'y
avait pas quelques démêlés parfois ?
Etre fils de gendarme, de toute façon, ce n'est pas une situation très enviable. Cela implique forcément, avec le changement de brigade obligatoire,.quelques déménagements : vous
perdez tout, appartement, copains, repères familiers. Il faut tout reconstruire ailleurs. Le fils de gendarme est toujours un nouveau.
Il y a trois ans, participant aux corrections d'un concours, je fus appelé à travailler en binôme avec un professeur d'histoire-géo. Sur la fiche, avant de se rencontrer, je vis qu'il se
nommait Maillard. Un instant, je conjecturai qu'il pouvait s'agir de mon Maillard du CM2, et j'eusse été curieux de cette retrouvaille. Mais non, ce Maillard prof était beaucoup plus jeune. Sympa
d'ailleurs. Pas comme l'autre, diront certains.