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Jocelyne à l'arrière des berlines (4)

Résumé : La triplette à Sylvain est mal barrée, mais il semblerait que le François Germain soit plutôt bon gars. Le Curé est toujours en pleine bourre.

Il jubilait, l'animal, il souriait comme aux plus beaux jours. On s'était encore pris cinq points dans la musette. 9 à 0, ça commençait à sentir le roussi. On va tourner, j'ai dit, et les autres ont pas moufté. J'ai donc pointé en premier, Gros-Louis n’en finissant pas de faire dans sa culotte. Mais ça n'a pas changé grand-chose : j'étais beaucoup trop nerveux pour bien jouer.

La partie nous filait entre les doigts inexorablement, le Curé alignait les rafles, François bombardait comme à Pearl Harbour et Trimard en pleine confiance pointait à la quasi- perfection. Encore deux points contre nous. 11 à 0. La Fanny n'était plus très loin.

Et puis voilà que c'est François qui jette le petit, jusque là, ç'avait toujours été le Curé. Ça s'est passé très vite, François lui a pas laissé le temps, il a pris le cochon et l'a expédié dans le gravier. Là, pour le coup, ça serait difficile de rafler, il allait falloir tirer au fer, en pleine gueule. Le Curé s'y est pas trompé, il a fait la moue. Mais il n’a pas osé la ramener. François nous défiait donc sur notre terrain. Je dois dire que ça m'a fait plaisir, je constatai qu’il n'avait pas perdu son panache, c'était un gagneur qui n'aimait pas gagner à n'importe quel prix : il attachait de l'importance à la manière. Cette délicatesse nous avait d'ailleurs coûté quelques concours mais il ne regrettait jamais d'y avoir sacrifié.

Le plus déconcerté fut Trimard : il soulevait son bob Ricard avec inquiétude pour se gratter la tête. La boule qu'il a envoyée fusa sur un caillou et fut projetée à plus de deux mètres du bouchon. « Putain de gratton ! », il a dit. Du coup, j'ai prié Gros-Louis de reprendre le point en tête. « Allez, tu peux pas faire plus mal », je lui ai glissé à l'oreille. Mon gaillard s'est accroupi, a longuement observé le sol avant de nous placer un point magnifique à dix centimètres du but. Le Curé suait de grosses gouttes qu'il épongeait avec un vilain mouchoir à carreaux gris qui avait dû passer l'hiver dans sa poche. Il a regardé François, l'air suppliant, mais l'autre n'a pas bronché, il est resté les bras croisés, très calme, alors le curé s'est exécuté, il a bien essayé de tirer au fer mais on sait ce que c'est, la force des habitudes, sa boule (JB 695 lisse) est tombée à quinze centimètres devant celle de Gros-Louis et a rebondi comme une gazelle sans la toucher.

Merde, trop court, il a jappé.

Nouveau regard de martyr vers François qui lui fait signe de remettre ça.

Mouchoir. Mouchoir dans la poche qui dépasse comme une oreille de lapin. Boule qui roule dans la paume de la main moite. Regard tendu. Le cochon a les deux pieds qui mordent allègrement le rond, toujours dix centimètres de gagné. Il arme. Pan. Même pas droit. Un petit bruit aigrelet, la JB vient de percuter le montant d'un banc en fonte.

Conférence au sommet chez l'ennemi. François va limiter les dégâts, mais avec notre avantage de boules, on finit par marquer deux points. 11 à 2, on a déjà évité la rondelle.

On continue sur ce terrain très technique. Résultat : c'est François qui tire en tête. Mais ça se passe pas mieux pour eux, car c'est le moment où mon François jusque-là impérial commence à louper des boules. Oh, à chaque fois c'est d'un cheveu, mais enfin le fait est là, il fait des trous et le Curé en est réduit â pointer pour limiter la casse. En deux mènes, on marque sept points. Et nous voilà à 11-9. Inespéré.
 

Et vlan, encore une de raté . . . je vise juste à côté de la boule,  c 'est marrant, l'idéal,  c 'est de l' érafler,  tu la fais bouger de trois millimètres,  ça change rien du tout au résultat,  mais c 'est encore plus rageant pour mes " partenaires " . . . pauvre Curé,  il a plus un coin de sec sur son mouchoir,  il va bientôt être obligé de s' éponger avec son chiffon pour essuyer les boules. . . Trimard est pas mieux,  il me regarde en chien battu,  il comprend pas,  il a le neurone qui coince,  déjà qu'il était pas très mobile,  c' 'est l' 'apothéose . . . je crois bien que ce qui les énerve le plus, c'est que moi je reste impassible,  et même il m 'arrive de plaisanter sur ma mauvaise fortune... Sylvain a l'air content, lui,  il revit,  dieu, ça me fait plaisir de le voir sourire à nouveau, comme au bon vieux temps,  quand on atomisait les équipes de parisiens prétentieux qui vous adressaient pas la parole de toute une partie,  les doublettes de méridionaux vantards avec leurs galéjades à la con,  les escouades de retraités grincheux qui mesuraient tous les points et appelaient l'arbitre toutes les cinq minutes,  les pelotons de freluquets torse poil et les escadrons de soiffards patentés

(Demain, dernier épisode de cette sombre histoire)

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