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Jocelyne à l'arrière des berlines (2)

Résumé : La triplette du narrateur, avec Farid et Gros-Louis, a fort à faire avec la triplette Curé-Trimard-François Germain, qui a gagné le bouchon et joue dans la sablette.

Pas de surprise, le Curé avait démontré qu'il ne dérogerait pas à ses principes. Il allait falloir s'accrocher. Gros-Louis est revenu dans le rond, a soupesé sa boule (Obut 730 striée) un peu moins longtemps et, vlan, catastrophe.

Un point à un mètre du bouchon.

Je l'ai trop serrée, qu'il a dit.

Bon, on va pas se fâcher à la première mène. Je fais un signe amical à Gros-Louis, c'est un gars sensible, Gros-Louis, faut pas le bousculer, faut lui parler doucement sinon il perd tous ses moyens. C'était à moi de rattraper les dégâts. J‘ai glissé une boule moyenne à quarante du bouchon, légèrement sur le côté. Pas la peine de faire beaucoup mieux, les autres n'allaient pas se priver de passer à l'attaque.

Bien sûr, le Curé s'est empressé de nettoyer la place. Ma boule est allée se perdre dans un petit massif de buis qui bornait le terrain. Celle du Curé avait tout bonnement pris sa place.

J'ai repris quand même le point, parvenant à me coller au carreau du Curé. Celle-là, elle serait déjà plus difficile à dégager. C'était au tour de François de jouer. Il y a trois ans, un tel tir ne lui aurait posé aucun problème, mais aujourd'hui comment allait-il négocier l'affaire ? François ne se hâtait pas de rentrer dans le rond. Le public encore maigre le regardait avec curiosité. Quelques anciens qui le connaissaient bien pour ses exploits jadis s'étaient rapprochés, et Trimard et le Curé plantés comme des empereurs romains affectaient une sérénité de mauvais aloi.

François leur jeta un bref regard puis se mit en position de tir, son bras droit monta très haut en arrière tandis qu'il se penchait légèrement sur l'avant. Une demi-seconde plus tard, ma boule choquée sur l' oreille  faillit écraser les orteils d'un papy qui somnolait un peu plus loin sur un banc. Murmure d'admiration dans le public. François Germain n'aurait donc rien perdu de sa superbe, son balancier était toujours aussi meurtrier.

En sortant du rond, il me décocha un regard terrible. C'était la première fois qu'il me regardait dans ce concours, et il était clair que, dans ce regard, il avait mis toute la haine dont il était encore rempli.

Il faut que je vous dise qu'il y a trois ans, je suis sorti avec sa femme, une brune pimpante répondant au doux prénom de Jocelyne. Je n'étais certes pas le premier avec qui elle le trompait mais j'avais à l'époque le privilège d'être son principal camarade de jeu : notre doublette faisait des ravages dans toute la région, la mère Jeanine, qui tient le Café du Commerce de notre bled, à qui j'offrais toutes mes coupes, se plaignait de devoir passer plusieurs heures par semaine à les épousseter. Cette situation avait favorisé le rapprochement avec Jocelyne et cette diablesse en connaissait un rayon en matière de rapprochement. J'avais bien résisté quelque temps, l'espace de quelques concours, parce que faut dire que jusque là je n'avais jamais fauché la femme d'un copain, mais que voulez-vous, la vision de ses longues jambes qu'elle étirait langoureusement alors qu'elle était assise sur son pliant en tant que spectatrice fidèle de nos exploits, les décolletés plongeants lorsqu'elle s'offrait à mesurer un point litigieux, ça finit par endormir tous vos scrupules de bon copain, vous finissez par vous dire que si c’est pas  vous, ce sera un autre, un abruti comme Gros-Louis ou pire, un salopard comme le Curé, alors vous vous dévouez et un soir, dans la bagnole, vous passez à l'acte, et comme la chienne sait y faire, vous repassez les couverts, et c'est parti pour une bonne petite liaison adultère d'autant plus facile à entretenir que le pauvre François Germain avaient des peaux de saucisson sur les yeux, ne vivait que pour la pétanque, tout en étant, à part ça, tout dévoué à sa femme, jamais un mot plus haut que l’autre, la crème des mecs.

Bref, le même François venait de me témoigner l'expression de son antipathie la plus sincère. Etait-il revenu pour se venger ? Si ça se trouve, il s’était arrangé avec les organisateurs pour truquer le tirage au sort.

(A suivre)
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