Par Nil Pétarbrock
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Tardif profond |
Le grand cerisier qui est au milieu du terrain, c'est le premier qu'il a planté ici. C'est aussi le plus vieux des arbres, le doyen. Car tous les autres ont suivi. C'est lui qui les a tous mis en terre. Il ne reste donc plus rien des arbres d'avant, du temps de ma naissance. Déjà le cerisier montre des signes de faiblesse, une de ses branches maîtresses est morte et a dû être coupée. Il connaît l'histoire de chacun de ces arbres. Le noyer, qui s'étale majestueusement à côté des pommiers, qu'est-ce qu'il était donc vilain au commencement... Une petite pousse chétive et difforme. Qui s'est bien redressé, dit-il. Ce printemps, les fruitiers ont fleuri comme jamais. Pommes, prunes, pêches, cerises, poires, ça promet. Enfin, touchons du bois, les saints de glace ne sont pas passés (ceci dit, il paraît qu'avec le réchauffement climatique, ils ont du plomb dans l'aile, les saints de glace). Un qui ne craint pas la gelée, c'est l'autre noyer, au bout du chemin. Moi, je croyais qu'il était mort. Pas une feuille, des branches encore nues. Non, c'est un tardif, un tardif profond. Il ne porte encore que de gros bourgeons bien repliés. Il attend la fin mai pour s'ouvrir au monde. Moi aussi, je suis un tardif profond pour ce savoir-là. Tant à apprendre encore. De ce père qui incise, avec son éternel couteau, un bourgeon bourru, pour m'y montrer la vie qui dort. |
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