Je viens de terminer
le livre d'un anglais, écrit en français. Ce n'est pas si courant. Bien sûr, inversement, il y a beaucoup de français qui écrivent en anglais, essentiellement les chercheurs, les scientifiques,
qui n'ont pas vraiment le choix d'ailleurs. Dans le cas que je présente, ce n'est pas un scientifique (aucune nécessité encore une fois pour un scientifique british de transférer le fruit de son
labeur dans la langue de Voltaire et de Proust (ces deux-là pris au hasard, j'eusse pu prendre Houellebecq et Henri-Lévy mais quelque chose d'inexplicable me retient)), non, ce n'est pas un
scientifique, je répète (je me suis un peu attardé dans ma double parenthèse précédente), mais un professeur de littérature et surtout un poète. Et des poètes qui écrivent aussi bien en français
qu'en anglais, ça ne pullule pas dans les rues de Cambridge et d'Issoudun.
Son nom est Michael Edwards, et le livre dont je parle est un essai intitulé De l'émerveillement.
L'émerveillement qui est le commencement de la philosophie (c'est dit déjà dans Platon et Aristote), et l'une des raisons d'être de la littérature.
L'émerveillement qu'il montre à l'oeuvre dans Shakespeare, Corneille, Jaccottet, Dickens, Wordsworth... mais aussi dans la peinture (avec Vermeer) et dans la musique avec Bach et ThomasTallis.
Je suis relativement ignare dans l'art musical, et j'ai à peu près renoncé ces dernières années (c'est regrettable, j'en conviens) à combler cette inculture, aussi le nom de Tallis pour moi était
inconnu.
Il se trouve que Michael Edwards a assisté à la première reprise moderne d'une de ses oeuvres, après que la partition a été redécouverte dans une bibliothèque londonienne en 1960. La même année, ce
concert eut lieu à Cambridge, sous la direction de David Willcocks. Spem in alium, l'oeuvre en question, est un motet
à quarante voix, réparties en huit choeurs. Du grand art, semble-t-il, (je ne saurais en juger, mais les pages vibrantes qu'Edwards consacre à cette performance qu'il entendit alors qu'il
était encore jeune homme ne laissent guère de doute).
Pour ceusses comme moi qui découvrent, voici une petite vidéo pour se faire une idée :