Le chien des Moulinet est mort ce matin. C'est ma femme qui m'a appris ça au moment où je revenais de mon tour de vélo. Il n'y avait pas de peine dans
sa voix, c'était juste informatif. Elle a dit ça comme ça, et puis elle est retournée à son équeutage d'haricots verts. Le chien des Moulinet, qui aboyait comme un con chaque fois que quelqu'un
s'approchait du portail, sûr que c'est pas une grosse perte. Et laid qu'il était, par dessus le marché. Les Moulinet sont bien débarrassés : un clebs qu'ils avaient hérité de la grand-mère quand
elle a passé l'arme à gauche. Plus d'une fois il me l'a dit Moulinet : si ça ne tenait qu'à moi... Il devait avoir dans les quinze-seize ans, le bestiau, pas mal pour un chien qu'avait pas toujours
été bien nourri (la vieille Moulinet avait des absences sur la fin). Depuis trois, quatre ans, on le disait fini d'ailleurs. Il traînait la patte, il partait de l'arrière-train, il reniflait fort
le vieil escarre. Une infection ambulante.
Pendant que je lavais mon VTT à grandes eaux, c'est bête mais j'ai repensé que ce fichu clébard n'avait jamais eu de nom. La vieille avait dû lui donner un nom, mais il s'était pas transmis.
Moulinet, en rigolant, l'appelait Médor, ou Tartempion et le plus souvent Tête de con. Et la Tête de con jappait et battait de la queue, comme un imbécile heureux.
Sa femme, à Moulinet, me l'a dit le lendemain : On reprendra pas de bête, on s'attache trop.