Contrairement à une idée reçue, le Tason, animal paradoxal, n'hiberne pas. Le Tason
estive, c'est-à-dire qu'à ce moment de l'année où la baignade en Bretagne devient presque
envisageable, il se détourne soudain de toute activité régulière et continue. Ses communications avec le reste de la planète se raréfient, il délaisse les bureaux et batifole volontiers dans les
prés et les bois. Son humeur devient extrêmement contemplative et le temps pour lui passe mollement, comme la
Bouzanne au pont de Neuvy, qui diable ne fut jamais emporté par la
crue. On a l'impression que cette suspension des événements -que d'aucuns, envieux certainement, assimilent à un coma profond - ne va jamais finir, mais on se leurre, car un beau jour le miracle a
lieu : la fraîcheur d'un petit matin de septembre titille le Tason qui s'est inconsidérément avancé sur le seuil de son logis. Le Tason frissonne. Son instinct de chasseur-cueilleur tout droit venu
du paléolithique inférieur ne le trompe pas : il sait que l'estive est terminée et que l'heure est venue de redescendre de ces altitudes méditatives. Il faut retourner dans la plaine de tous les
dangers où rôde la racaille dynamique.
Car il a bien vu que depuis que ce blog s'est tu, rien ne va plus : nos athlètes niqués en terre niponne, nos coqs plumés par les pumas et nos bleus blousés par les mangeurs de haggis, sans compter
la croissance qui ne décolle pas et la hausse du prix de la baguette, la fermeture des usines Auga et l'incurie de préfets incapables de bouter hors de France vingt-cinq mille malheureux
immigrés.
Donc l'alerte est donnée : le PPESE reprend ses études tasonologiques, Nil Pétarbrock réactive la chaudière à fictions brèves (avec le compère Didand aux résumés, of course), Klapic déversera
régulièrement sa bile et le Nomade ne vous laissera rien ignorer des vicissitudes de l'existence pédagogique, enfin Grotaz ouvrira une rubrique diététique et vous aurez bientôt des nouvelles du
seul Tason qui ne tient pas en place pendant l'estive : je veux parler bien entendu du
Baroudeur, de retour du Tibet dans une forme exceptionnelle.
Un autre Tason dans l'actualité c'est le
Spaggiari, sur lequel Jean-Paul Rouve est en train de tourner un film. Comment ça, c'est pas le nôtre ? C'est pas le Spaggiari de la Rue de
la Gare ? Dommage. On rêve d'un Jean-Pierre Melville ou d'un Martin Scorcese tournant dans les rues de Limoges, avec des cadavres jetés dans la Vienne et des 504 aux pneus crissant aux
ronds-points vers Beaubreuil.
On n'a encore jamais vraiment rendu hommage à la puissance romanesque de Limoges

Découpage Alsace (1960)