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Gary |
| Bon anniversaire, monsieur Gary ! Oui, nous n'y sommes pour rien : le jour de l'anniversaire de notre Lupus tombe le jour de la fiction brève. Et c'est tout à fait cohérent : Gary est une fiction brève à lui tout seul. Son existence a tout du canular (comment croire en Dieu après l'avoir connu ? ou alors il faut admettre que Dieu est un plaisantin). Le texte qui suit a été écrit pour février 1992, puis éliminé au profit d'un test comparatif entre les Baldo et les Renailly (en ligne un de ces jours). C'est une biographie non autorisée, donc qui devrait être très lue (j'ai remarqué que les éditeurs n'hésitaient plus à coller des bandeaux « Biographie non autorisée » sur leurs produits de bazar littéraire - autrement dit, message subliminal, achetez ce bouquin, vous êtes sûrs d'y trouver quantité de petits faits sordides, racontars de coucherie, ragots et rumeurs : plus c'est glauque, plus c'est fiable, bien entendu). « Jamais on ne vit enfant plus calme sur la place de Cluis. Venu au monde après ses deux turbulents aînés, Frédéric et Etienne, le troisième rejeton de la famille Baldo surprit ses parents par sa sagesse, sa discrétion, sa docilité, qui forçaient également l'admiration de ses maîtresses d'école et du bon curé de la paroisse.Enfant de choeur irréprochable pendant de longues années, il s'acheminait vers l'entrée au petit séminaire quand il fut surpris un jour en train d'expliquer les mystères de la vie à une petite coreligionnaire. Dès lors, il fut mis en pension, et jamais ses surveillants n'eurent à se plaindre de lui. Ce jeune garçon sans histoire ne songeait qu'à la nouvelle vocation qui avait germé en lui : il voulait à toute force devenir fonctionnaire. Il achetait avec son argent de poche de vieux numéros du Journal Officiel qu'il épluchait consciencieusement, rêvait de l'ENA et ne s'habillait qu'avec des costumes à rayures tristement coupés. Mais quel homme n'a pas vu ses rêves de jeunesse contrariés, son idéal bafoué, ses espérances piétinées ? Les parents de Gary avaient d'autres ambitions pour lui et, sous prétexte de le présenter au concours d'entrée aux PTT, l'inscrivent à l'école des Beaux-Arts. Déçu bien sûr, mais docile toujours, il se soumet à la manoeuvre parentale et songe alors à devenir Inspecteur des classes de dessin dans l'Education Nationale. Malheureusement, surpris dans une position artistique délicate avec un modèle du cours de Nu, on le prie d'exercer ailleurs ses talents de plasticien. Il se croit alors sauvé par une annonce : pensant rentrer au ministère de la Culture, il se retrouve en réalité dans un dans un stage d'horticulture. Lui, l'homme qui ne rêve que de dossiers et de formulaires en triple exemplaire, est expédié en pleine nature, occupé aux boutures et marcottages ! Ce calvaire durera une année entière, à l'issue de laquelle, pressé de se replonger dans une atmosphère confinée, il décroche un autre stage, de projectionniste cette fois, qui lui permet au moins d'assouvir ses penchants claustrophiliques. Hélas, sa mère, qui l'exhorte à se lancer dans la bande dessinée, soudoie l'examinateur de l'épreuve pratique du CAP et Gary échoue là encore. Nullement découragé, il décide de se rapprocher du lieu de ses amours, Paris, où se tiennent tous les fabuleux ministères. Il passera des heures et des heures, émerveillé, devant les façades du ministère des Finances ; il arpentera avec recueillement les corridors mystérieux du ministère des Transports ; il découvrira avec stupéfaction les charmes des standardistes du ministère ds DOM-TOM. C'est d'ailleurs après avoir été détecté dans une cabine avec une hôtesse d'accueil qu'il est définitivement interdit de séjour dans les bâtiments d'Etat. Désespéré, le voici barman puis bûcheron, toujours plus loin de ses rêves. A partir de là, on perd sa trace. Que prépare-t-il pendant ces mois de silence où personne ne parvient plus à le joindre ? Mystère. Toujours est-il qu'on le retrouve soudain embauché au CNRS. Son incroyable ténacité aurait-elle enfin payé ? Nous remettrons donc ce soir le prix du courage et de la vocation à Monsieur Gary Baldo ! "
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