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La fiction brève du dimanche : J'ai longtemps joué aux petits soldats

J'ai longtemps joué aux petits soldats.  Attention, pas des soldats de plomb (on nous bassine toujours avec les soldats de plomb, mais je laisse ça aux Jean d'Ormesson), non, nos soldats à nous étaient de bon plastique. Ce n'était pas des pièces de collection, de la miniature précieuse, du gibier de vitrine. On les achetait à la foire, généralement par paquets de dix, au stand que nos parents appelaient communément le bazar à cent francs. On vendait de tout là-dedans, des épingles à linge aux pétards, des tire-bouchons ou des imitations de Tupperware aux cassettes d'accordéon musette : c'était la Foir'fouille des chefs-lieux de canton, le paradis du bouseux. Je m'y composais au fil des années une armée hétéroclite, où les cow-boys côtoyaient les légionnaires, les indiens les troufions de la Grande Guerre. C'était plus une bande de guérilleros, un commando de maquisards qu'un escadron bien peigné, quoique la découverte de la peinture Heller, habituellement utilisé pour les maquettes d'avions, nous conduisit à plus d'homogénéité, tout au moins dans l'uniforme. Encore que nous préférions la tenue de camouflage au costume d'apparat, et je me souviens d'un quarteron de petits bidasses gris qui prirent de fameuses teintes léopard.
C'est que nous ne jouions guère en chambre, préférant de très loin la nature sauvage pour mener nos campagnes et déployer nos forces. Notre prédilection allait aux  bords de ruisseaux, dans les fonds ombreux des vallons. Là, nous passions un temps infini à aménager nos territoires : il n'était pas question d'engager les hostilités avant d'avoir creusé un réseau cohérent de tranchées, édifié un barrage sur ce qui était pour nous fleuve puissant, défriché un quartier général pour le haut commandement et des casemates pour la piétaille, et tracé quelques pistes sommaires pour nos blindés.  Les combats ne s'engageaient que péniblement, quand il n'y avait vraiment plus rien d'autre à faire, et se limitaient le plus souvent à quelques escarmouches où ne laissaient la vie que nos troupiers les moins en vue. Et puis il y avait vite matière à polémique, sur la précision des tirs, la portée de nos armes respectives, la vitesse d'avancement de nos patrouilles : une foultitude de détails mal définis pouvait engendrer un désaccord profond et nous n'avions pas de dés pour régler ces conflits, nos jeux de guerre n'ayant pas grand chose des actuels wargames. C'est pourquoi, le plus souvent, ils tournaient court et l'heure que nous n'avions pas vue passer nous rappelait qu'il était temps de plier les gaules.
Le meilleur de toute façon, ç'avait toujours été ces préparatifs. Nous excellions plus dans le génie civil que dans la stratégie militaire. Des vocations, je pense, sinon naquirent, du moins se renforcèrent ici, dans l'organisation et la mise en scène minutieuses de ces destins d'un seul après-midi.
En partant, nous ne manquions pas de détruire le barrage - à grands coups de pierre -,  et les eaux libérées ravageaient nos champs de bataille. Quelques petits soldats oubliés doivent encore dormir là-bas dans le frais cresson bleu.
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A
Personnellement, je préfère cette tonalité et son "'Orange Bleue" , j'y verrais bien un délicat rappel de notre petite place dans l'univers, un peu comme tes fictions brèves du dimanche.<br /> <br /> PS : En tant que tasonne, peu m'importe le flacon pourvu que j'aie la place de rajouter un peu d'eau dans mon pastis donc TON choix de présentation sera le bon.<br /> Bisous.
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S
Je n'avais pas vu la version intermédiaire, c'est la 1ère fois que je passe ici depuis la nouvelle présentation mais franchement, je trouve ça trop sombre.<br /> On a déjà Sarko depuis 3 jours, tu veux nous ruiner définitivement le moral, ou quoi, avec toute cette grisaille??
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N
Merci Jean, merci Aliénée d'Aquitaine (mais qui donc se cache sous ce beau pseudo médiévalo-marxiste ? ). En fait, j'avais quelque scrupule à publier ce texte ce dimanche-là, conscient qu'il pouvait apparaître bien minuscule en face des enjeux du jour, mais comme d'habitude je n'écoute pas ma raison raisonnante, mais une sorte d'instinct, une pression intime qui m'indique sans plus de justification la voie à suivre. Je suis souvent subliminal pour moi-même.<br /> <br /> Grisaille, bon d'accord, alors j'expérimente autre chose : du gris encore, mais rehaussé d'un poil de bleu et d'une pincée d'orange.<br /> Bises à tous.
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A
Ben, moi j'aimais mieux le thème graphique d'avant ; trop de grisaille peut nuire gravement à la santé mentale. Rimbaud a pas eu besoin de la NASA pour voir que la planète était bleue : il lui a suffit d'observer de la salade.<br /> En plus, depuis dimanche, fait pas beau du tout dehors.<br /> J'aime bien quand PPSE use du message subliminal. Peut-être eût-il dû en abuser ?<br /> Merci pour ce texte, dont la tendresse parvient grandement à atténuer mon amertume d'électrice.
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P
Bien vu, Lulu, y'a en effet du changement. Over-Blog a changé sa plateforme d'administration et proposé tout un tas de nouveaux thèmes graphiques. Opté pour celui-ci (Nacre nuance métal) que je trouve assez sobre et lisible, mais il est encore possible que ça change dans les jours ou les semaines qui viennent.<br /> Bon, tout n'est pas rose dans ces bouleversements administratifs, car je n'arrive plus à mettre une image en ligne. Un petit bug quelque part.<br /> Alors que j'ai une excellente photo du président qui a retrouvé un pochon de rescapés de la guerre des ruisseaux. Enfin une bonne nouvelle en ce lundi frileux.
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