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Le Nomade : s'il fait laid à droite

Repris ma besace. Je ne dis pas hélas, ni enfin. Non, le temps était venu, et j'étais presque heureux  ce matin d'avaler souplement les kilomètres dans la verte campagne de ce mai qu'en moi-même je nomme toujours le mai sauvage à cause de cette explosion végétative, de ce triomphe d'herbes et de feuilles qui semble submerger l'espace, et délaissant pour une fois France-Inter et les commentaires infinis sur le débat d'hier soir pour écouter le slam suave de Souleymane Diamanka, découvert  au Virgin de Bordeaux. Fasciné par cette voix jeune et grave qui se pose avec sérénité et vigueur sur un tapis musical moiré.  Je repense aussi à ce livre du regretté Pierre Sansot, Chemins aux vents (Rivages Poche), acheté en août 2002 et abandonné très rapidement à l'époque : je ne sais pour quelle obscure raison je l'ai ressorti du rayon où il s'empoussièrait lentement, en tout cas depuis j'y glane chaque jour quelques phrases qui ouvrent une méditation rêveuse.
Ainsi de cette fin du premier chapitre :
 Le chemin, un usage éminent de la lenteur - je veux dire, de notre capacité de nous attarder auprès de ce qui le mérite.
En exergue au livre, la citation de Montaigne est bien digne de l'anthologie tasonne de la littérature :
"Moi, qui le plus souvent voyage pour mon plaisir, ne me guide pas si mal. S'il fait laid à droite, je prends à gauche, si je me trouve mal propre à monter à cheval, je m'arrête... Ai-je laissé quelque chose à voir derrière moi ? j'y retourne. C'est toujours mon chemin. Je ne trace aucune ligne certaine ni droite, ni courbe."
Ne croyez pas pour autant que je me désintéresse des échéances de dimanche. Non, je dirais même que je reprendrais bien cette phrase de Montaigne, en lui donnant un tout autre sens :
S'il fait laid à droite, je prends à gauche...
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