Par Nil Pétarbrock
"Moi qui refusais de voir mes yeux vieillir, que le moindre changement effraie, j'ai sauté le pas. J'ai décidé de mettre des lunettes ! Mon audace m'étonne.
Cela m'est venu d'un coup — après avoir mûri longtemps. D'un certain point de vue, j'ai changé tout entier. Ce qui m'inquiétait m'attire. Ma curiosité grandit. Je souhaite la bienvenue à mon déclin.
Facile à dire, le pire est loin encore. Je ne vis pour l'instant qu'une vieillesse fantôme, et d'ailleurs intermittente, mes verres ne me servant qu'à lire ou écrire. Selon l'ophtalmologiste, ma vision lointaine est intacte ; elle a reçu la même note : 10 et 10, qu'au précédent examen, à l'école primaire, voilà plus de quarante ans. Et si de près mes yeux peinent un peu, ils auraient pu encore se débrouiller seuls quelques mois. Je joue au vieux, par coquetterie ; ce symbole de décrépitude plaqué sur mon visage sert à mettre en valeur, par contraste, cette relative jeunesse d'allure que je me tue à entretenir.(...)"
La suite du texte (rubrique Progrès en vue).
Trouvé hier soir, sur son site personnel, ce beau texte de Michel Volkovitch. Je m'y suis largement reconnu : je vous l'ai dit, je porte depuis samedi dernier lunettes à taille de guêpe. Comme l'auteur, pour lire et écrire seulement, et le soir principalement, quand la lumière se fait chiche. D'ailleurs on m'a dit qu'il fallait les porter le moins possible pour ne pas précipiter la déchéance.
Michel Volkovitch, lui, je ne l'ai pas découvert d'hier. c'est lui qui avait traduit Le Détective, une nouvelle de l'écrivain grec Dimitris Hatzis (si connu que je n'ai pu vous trouver sur le web une seule notice digne de ce nom). Nouvelle que j'avais adaptée pour le théâtre et qui fut ma première mise en scène (à Lacs). Volkovitch est un excellent connaisseur de la langue française : il tient une chronique régulière dans la Quinzaine Littéraire, où il analyse en profondeur telle ou telle phrase d'auteur. Ce n'est jamais jargonnant ou pédant : c'est la matière même du langage, ses rythmes et ses sonorités qu'il scrute avec pénétration, en véritable amoureux physique (c'est lui qui le dit) de la langue française. Certaines de ses chroniques sont reproduites dans la rubrique Coups de langue de son site. On lira aussi avec délectation son Verbier, édité chez Maurice Nadeau.

Eclipse Next 2019 - Hébergé par Overblog