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La fiction brève du dimanche : Promo de drapeaux

  

























- Dis-moi chérie, où as-tu mis le drapeau ?
- Quel drapeau ?
- Le tricolore. Celui que j'ai ramené de Carrefour la semaine dernière.
Il avait profité d'une promo. Le grand drapeau tricolore en toile imputrescible, avec deux fanions en cadeau bonus. Un prix incroyable. C'avait été la ruée. Il en avait même pris un pour sa belle-mère qui ne pouvait plus guère se déplacer depuis sa chute dans le carré de poireaux du jardin.
- Je ne m'en suis pas occupée de ton drapeau... Tu as dû le ranger dans le garage.
Depuis que la Présidente en avait émis le souhait pendant la campagne, et après sa victoire à l'arraché, la coutume avait été instituée d'accrocher le  drapeau tricolore à sa fenêtre lors de chaque commémoration nationale.
- Je l'avais posé dans l'entrée, je me rappelle très bien. Tu m'avais dit que tu lui trouverais une place.
- Je n'y ai pas touché, je te dis.
Il percevait  aux battements tout à coup irréguliers de son coeur que l'inquiétude commençait à l'envahir. Le défilé officiel allait passer devant la maison dans trois quarts d'heure et tous les voisins avaient déjà sorti leur drapeau.
- Enfin quand même, un drapeau grand modèle comme celui-là, ça se remarque.
- Es-tu allé voir au garage ?
- Tu m'emmerdes avec le garage. J'ai tout retourné dans le garage. Y'a rien dans le garage.
Il repense soudain aux fanions.
- Et les fanions ?
- Quels fanions ?
Une extra-systole. Son insouciance le met hors de lui. Est-ce qu'elle se rend compte que dans quelques minutes, ils vont être repérés comme les seuls de la rue à ne pas afficher le drapeau ? Il n'y a aucune loi qui l'impose, aime-t-elle à répéter. Oui, aucune loi, mais on sait ce qui est arrivé aux Rousselet qui avaient manqué le 14 juillet.
- Pas envie qu'on me taggue la bagnole !
Les brigades tricolores - des jeunes désoeuvrés sur les agissements desquels la police fermaient volontiers les yeux - vous repeignaient  la façade, votre clébard ou votre monospace en un tournemain. Il se souvint d'avoir ricané en voyant le  teckel bombé des Rousselet. Elle n'avait pas ri et il lui avait reproché son manque d'humour.
On entendait déjà les premiers échos de la fanfare qui devait tourner au coin de la rue de l'Abbé Pierre. Il courut chez Blanchard en espérant qu'il pourrait le dépanner.
Le bruit de l'hélicoptère qui tournait autour du pavillon l'empêcha de comprendre la réponse de Blanchard, juste avant qu'il ne lui referme la porte au nez.
Puis il n'entendit plus l'hélicoptère. Il n'y eut plus que la rumeur sourde du sang qui cogne dans les tempes, les côtes qui se serrent, la cavalcade des ombres sous les paupières.
Au bout de la rue, on entonnait la Marseillaise .



   
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D
Résumé de la fiction brève du dimanche<br /> Il n’y a pas de quoi pavoiser.
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S
Au fait, fais-moi penser ce soir à noter sur la liste de chez Carrouf pour la semaine prochaine : "acheter un drapeau tricolore"... <br /> Elle me colle la pétoche, ton histoire...
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