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La fiction express du dimanche qui paraît le jeudi (6)

Un ordinateur de villégiature récalcitrant n'avait pas permis dimanche dernier la mise en ligne de la fiction express de notre ami Nil Pétarbrock. Voici la chose réparée :



Elle s'appelait Anna

Elle était née dans la pénombre d'un grenier à foin. Sa mère, pressentant la folie meurtrière du couple de fermiers propriétaire de l'endroit, lui trouva in extremis une nouvelle cache. Ses deux frères, en revanche, périrent de la main même du paysan.

Elle grandit vite, et sa belle robe noire, orange et blanche faisait la fierté de sa mère. Un jour qu'elles se promenaient toutes les deux par les chemins creux, une petite fille l'aperçut : cet éclair fauve trouant tout à coup le vert des buissons fut à celle-ci comme une révélation, un spasme de beauté pure dans son existence de jeune malade. Le soir-même, la gouvernante avait convoqué tous les garnements du village et leur avait promis une bonne récompense pour la capture de celle qu'il avait déjà été décidé de nommer Anna.

Deux jours plus tard, Anna était arrachée à sa mère par les deux Bébert, Albert et Robert Champion, jumeaux habiles à traquer la grive et le levraut. Lavée, décrottée, pomponnée, Anna commença une vie nouvelle dans la famille Dubois-Percevent, riche propriétaire des sucreries Percevent. Adèle, la petite fille leucémique, entoura Anna de tout son amour, et Anna ne fut point ingrate, passé le premier désespoir d'avoir perdu sa mère, laquelle passa sous les roues de la puissante automobile du père Percevent une nuit d'hiver 31, mais Anna n'en sut jamais rien.

Cinq années de douceur s'achevèrent brutalement avec le décès de la jeune Adèle. Malgré les promesses faites à celle-ci sur son lit de mort, sa propre mère, qui avait toujours détesté Anna, confia à la gouvernante la lourde tâche d'aller perdre « cette chatte idiote » dans le bois le plus profond de la région (en réalité, elle aurait préféré la faire noyer par un de ses palefreniers, mais c'était là une concession que lui avait extorquée le père Percevent, effondrée au chevet de sa pauvre Adèle).

La gouvernante avait terriblement peur des bois profonds. Elle se souvint des Bébert, les fit mander et leur confia la sordide mission en échange de quelques sous et d'une séance discrète dans la buanderie ( les chenapans avaient bien grandi). Les deux lascars doublèrent leur cagnotte en revendant Anna à un restaurateur véreux qui cuisinait admirablement la gent féline, et dont le lapin au cidre était un des plus réputés du département.

Et Anna eût fini en civet sans le flair d'un certain Burma qui confondit l'ignoble gargotier qui trempait également dans un trafic d'armes avec les Balkans.

Burma s'enticha de cette boule soyeuse de poils orange et la ramena avec lui à Paname, où elle termina sa vie, choyée par de charmantes demoiselles, parmi les dorures et les velours du bordel de Madame Léa.




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P
Avouons que le bordel est un lieu tout à fait indiqué pour l'épanouissement d'une chatte. Ceci dit, et cela n'a a priori rien à voir avec ce qui précède, le PPESE repart en mission d'exploration girondine le 17 juillet, pour une semaine. Le tason girondin tasonne-t-il encore dans le coinstôt à cette date ?
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D
Résumé de la fiction express du dimanche (6):<br /> Après avoir échappé à un paysan pervers, à deux ados en rut et à un gargotier zoophile, une chatte fini par s’épanouir dans un bordel.<br />
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P
Ja plaide coupable. Express voulait dire courte, bien sûr, mais j'admets que le mot a des connotations douteuses pour un tason bien né. Nil Pétarbrock se penche, j'allais écrire sans tarder (c'est dire si le mal est profond et insidieux), mais non, en tardant au maximum justement, sur la question de rebaptiser sa prose dominicale.
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D
Je pousse un grand ouf ! de soulagement. Même si je ne m’en étais pas encore ouvert, je trouve complètement déplacé de qualifier d’« express » la fiction du dimanche d’un Blog qui se dit tason. Mais évidemment, si elle paraît le jeudi, ça change tout. (Il faudrait toutefois s’assurer qu’il s’agit bien du jeudi d’après).
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