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La fiction brève du dimanche : Désertion des parties vitales



Désertion des parties vitales
 
    Quand il perdit son boulot après avoir mis son poing dans la figure du chef du personnel, il comprit que quelque chose chez lui ne tournait plus rond. "C'est votre inconscient qui a parlé", lui certifia la vendeuse de la boulangerie du quartier qui, avec sa maîtrise de psycho, lui en imposait chaque matin. Il n'arrivait pas à croire à cette histoire d'inconscient : il avait beau fouiller en lui-même, il n'arrivait pas à trouver le moindre grief contre ce supérieur hiérarchique qu'il respectait jusque dans ses rêves, il continuait à juger inexplicable ce soudain  mouvement de  bras  percutant les fosses nasales  de son interlocuteur qui vient de demander de rentrer cette putain de poubelle qui traîne depuis trois jours dans ce hall de merde. Non, il ne comprenait pas.
      En tout cas, il n'était pas un fainéant et il entendait bien le faire savoir et très vite recouvrer un emploi. Pourquoi avait-il fallu que sa main droite aille palper le sein de la dame de l'ANPE qui se penchait sur lui pour examiner son CV ? Il eut beau dire que ce n'était pas de sa faute,
lui d'ordinaire si prude, si réservé, si correct avec la gent féminine, il ne parvint pas à calmer  le légitime courroux de l'honorable fonctionnaire. Il ne s'en ouvrit  point à la vendeuse, de peur de  commettre le même impair devant le  prodigieux décolleté que la jeune femme offrait hiver comme été à la satisfaction du client venant quérir chaque matin sa baguette.
     Il avait de plus en plus l'impression que des parties de son corps échappaient à sa volonté. Des zones de non-droit commençaient à se former dans son propre organisme. Un dimanche matin, à la messe de Saint-Nicolas du Chardonneret, ses jambes détalèrent au beau milieu de l'homélie. Il en avait été réduit à bafouiller des excuses aux pauvres paroissiennes alors même qu'il les bousculait sans aucun ménagement. Ce n'est pas moi, hurlait-il, en écrasant impitoyablement des escarpins dorés.
    C'est aussi  ce qu'il répéta au commissariat après avoir été pincé en train de boulotter un bloc de foie gras entier dans un hypermarché. "Ce sont mes mâchoires", protestait-il, ne recueillant qu'un ricanement idiot de la part des fonctionnaires de police  dont  l'un, un adjudant à l'haleine légèrement vineuse, fut soudain mordu au poignet droit par ces mêmes mâchoires, en l'occurrence de dangereuses récidivistes.
     Au tribunal, il ne répondit pas aux questions des juges, pour le bon motif que ses oreilles s'étaient mises en grève d'écoute. Sourd aux injonctions de plus en plus furibardes du procureur, il écopa six mois fermes en raison de son "arrogance forcenée", et non sans avoir mis en partant un coup de boule à son avocat commis d'office, un homme qu'il avait pourtant en grande estime et affection.
    Il assistait donc de plus en plus impuissant à la révolte de ses organes. Chacun n'en faisait plus qu'à sa tête, ou plutôt faudrait-il dire, à son bras, à sa jambe, à son épaule, à son sexe, à son doigt, à son oeil... Chaque fois qu'il essayait de s'expliquer, il ne reconnaissait pas sa pensée ; langue, lèvres et glotte distillaient un idiome dans lequel il ne se reconnaissait pas.
    Il se retrouva ainsi à la tête d'une mutinerie et sur le toit de sa maison d'arrêt, menaçant d'exécuter les matons qu'il avait pris en otage. Les tireurs d'élite du RAID, qui ne s'encombrent pas de psychologie, ne lui laissèrent aucune chance.
    Sur sa tombe, la vendeuse, à présent doctorante et aide-fleuriste, déposa un bouquet de myosotis qu'elle avait chouré à la débauche en le fourrant dans son soutif (ce pourquoi il était légèrement décati). Elle n'entendit pas la plainte souterraine du pauvre hère confronté pour l'éternité à la désertion de ses parties vitales.
   
    
   
    


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P
Le comité de rédaction unanime,  très ému des attentions de la  camarade Lulu, la remercie du fond du coeur en lui certifiant, comme au camarade Kikif, que la mousse commémorative ne saurait plus tarder (une certaine agape prévue à l'escale, haut-lieu tason...).Mille bisous.
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L
Si j’ai bien compris le commentaire de notre camarade Kikif, j’ai manqué un jour important ; et la tournée qui va avec. C’est qu’au départ je n’avais pas tout compris. (N’osez même pas penser que ça a un quelconque rapport avec ma couleur de cheveux) .pour me faire pardonner je ferai donc un bisou supplémentaire à chaque rédacteur du blog. Donc bon anniversaire à tous. ;-)
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P
C'est  en effet parfaitement véritable et authentique : par l'effet d'une coïncidence merveilleuse, tous les rédacteurs tasonnesques sont nés le même jour.C'est donc au nom de tous que je te remercie, camarade Kikif (né lui aussi le même jour, c'est très curieux,  que Koinkoin, Kiski, Kikri, et autres Kikande et Kikal, commentateurs réguliers du ci-devant blog) pour tes bons mots qui nous font chaud au coeur.On t'embrasse bien fort.
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K
La particularité à la rédaction de "les tasons" c\\\'est qu\\\'ils sont tous nés le même jours, pratique pour leur souhaité à tous un joyeux anniversaire et tous mes voeux de tasonneries intenses.Ils ne manqueront pas j\\\'en suis sûr de me payer chacun une mousse dans les plus brefs délais, c\\\'est aussi pour cela que je les aime.<br /> grosse bise à tous
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B
Trouble ou Introuble ?L'auteur semble par un procédé qui lui est propre, adopter la thèse de la vendeuse en boulangerie : l' inconscient du personnage le fait agir durant sa vie malgré lui. Mais à sa mort, dans la tombe, l'auteur malicieusement lui redonne du conscient. Cela signifie-t-il que quand on est mort, on est conscient ?
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