L'an dernier, j'avais des problèmes de concentration. Je veux parler des soirées à Equinoxe, notre belle scène nationale. En janvier dernier, je touchais même le fond, mais vous savez ce que c'est quand on touche le fond, un bon coup de pied et hop, ça repart (en fait, cette image est vaseuse, c'est le cas de le dire, car pour rebondir, il faut un appui solide, or il suffit que le fond soit meuble, spongieux, gluant ou visqueux, et non seulement vous ne vous relancez pas mais vous êtes impitoyablement aspiré vers la ténèbre).
Tout ça pour dire que c'est du passé : cette saison, je n'ai encore pas roupillé une seule fois.
Mon secret : choisir les spectacles tasons, ceux qui nous parlent au coeur, et du coup, nous tiennent durablement éveillés (oui, je sais, ça tient un peu du paradoxe, quand on sait l'attachement du tason pour la sieste, mais sachons nous méfier des apparences).
Exemple de spectacle tason : vendredi dernier,
Pierre Meunier.
A vrai dire, j'ai failli le rater. Je ne l'avais pas pris dans mon abonnement, mais, relisant dernièrement l'article de présentation, je pressentis aussitôt la belle affaire, et me rendis donc à la salle avec mon grand fiston (celui qui pollue ici de temps en temps les commentaires avec son orthographe essemessisée) en espérant avoir une place (ce que nous eûmes de justesse - il faut dire que la chose ne se passait pas dans la grande salle, mais sur le plateau lui-même, d'où petite jauge).
Bref (je songe que cette présentation est un rien tasonne) imaginez un grand gaillard qui règle lui-même ses lumières de scène (peut-être un radin qui rechigne à payer un technicien pour appuyer quatre fois sur un bouton -c'est à peu près le nombre de changements dont nous fûmes gratifiés), et qui commence par faire ce qu'il appelle une
passation minérale : autrement dit, il fait circuler dans le public plusieurs dizaines de gros cailloux qu'il a amenés dans des seaux de

plastique noir. On n'a pas l'habitude de tâter de la caillasse à Equinoxe, l'exercice est plutôt bienvenu, ça ricane un peu dans tous les coins. Le gars, lui, est très sérieux, d'ailleurs, il ne rira jamais, concentré qu'il est sur sa conférence (car il s'agit d'une conférence) sur le tas.
Je dis bien
sur le tas. Car, une fois les cailloux revenus, ce Meunier s'en empare et vous monte, sur une vieille table de camping aux pieds frêles, un tas, un beau tas de pierres. Sur lequel il va ensuite deviser sans faiblir pendant le reste du spectacle.
Et l'incroyable est là : à l'écouter parler du tas, on se régale.
« Aujourd hui, prendre le temps de s'arrêter devant un tas est une manière de résister à toutes les vitesses qui nous entourent ; qui nous entraînent dans une accélération qui n'est pas la nôtre. Prendre ce temps-là suppose de ralentir notre course. Le tas est lent - lent à s'écouler. » [ Pierre Meunier in Regards, 2005 ]
Le tas est lent : tout est là. C'est vraiment du spectacle tason.
Bon, je sens qu'il y en a certains qui croient encore que je fais de l'ironie, et que je suis allé voir le spectacle le plus chiant de l'année. Main non, je l'assure, je ne me suis pas ennuyé une seule nanoseconde. Ce gars-là, j'allais écrire ce tas-là, Pierre Meunier, est un grand, et s'il passe avec ses pierres et ses ressorts près de chez vous, courez-y, non courez pas, c'est juste une image.
Ses ressorts ? Oui, outre la pierre, il manipule le ressort, y suspend des caillasses, joue de la musique avec. C'est actif, vous voyez.
Pierre Meunier est un vrai poète de la spire.
A mon avis, ce n'est pas un hasard si dans
tason il y a
tas.
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A priori, ça n'a rien à voir, mais en somme on est toujours dans la matière, Le Baroudeur (suite à son commentaire de l'autre jour) me fait parvenir une photo de paparazzi montrant le sieur D... en train, je le cite, de déboucher ses chiottes en insufflant de l'air sous pression dans le siphon. (juste avant le retour de pression). Ca percole dur chez les D....