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Vita Sancti Truphimi |
Saint-Trouphime naquit en l'an 457 après Jésus-Christ dans une petite bourgade des environs de Bourganeuf dont le nom n'a malheureusement été retenu par aucune chronique de l'époque. La légende affirme que son père, un certain Robic, vigneron misérable (il est vrai que la vigne n'a jamais prospéré dans ces campagnes creusoises qui étaient déjà fort reculées), avait été pendu la veille par le seigneur du coin pour braconnage. Sa mère, choquée par le procédé, aurait enfanté prématurément alors que Trouphime entrait seulement dans le sixième mois. Sa survie dans ces conditions tint du miracle et l'on ne manqua pas d'y voir la main du Seigneur. Les moines de l'abbaye de Salagnac décidèrent une donner une solide éducation chrétienne à cet enfant chétif qui, dès l'âge de trois ans, maniait à merveille le patois limousin. Mais Spaggiarius, un célèbre bandit de l'époque, routier abominable et sanguinaire, dévasta peu après le monastère, emportant dans son butin calices en or et bambin précoce. Celui-ci vit d'un assez bon oeil ce rapt nocturne, car il faut bien dire que les moines étaient loin d'être des rigolos. Spaggiarius s'enticha rapidement du mouflet et décida de lui donner une solide éducation en matière de larcins, brigandages et exactions en tous genres. Il se révéla rapidement un élève doué et prompt à l'initiative : c'est ainsi qu'il déroba la recette des Impôts royaux qui transitait par Beaubreuil. Distribuant cette manne aux pauvres vilains qui crevaient de faim dans le canton, il devint du jour au lendemain très populaire. Ne pouvant plus faire un pas sans être sollicité par une armée de va-nu-pieds, de culs-de-jatte, de tafioles et de bouseux, Trouphime se retira dans une forêt profonde sur les monts d'Ambazac. On le crut ermite, et comme les ermites étaient très recherchés en ces temps obscurs, il ne tarda pas à louer des cabanes dans une des clairières qu'il avait fait aménager par une bande de Ligures tout juste sortis du néolithique. A quatre-vingt-cinq ans, il prit conscience qu'il avait largement dépassé l'espérance de vie de l'époque et qu'il fallait songer à assurer son séjour dans les régions célestes. Il devint bon, montra de la générosité et sut le faire savoir. Le pape Grégoire V le reçut à Rome en grande pompe (mais le lendemain chercha en vain les couverts en argenterie qu'il avait fait venir à grands frais d'Asie Mineure). La mort de Trouphime est encore de nos jours sujette à controverses : la Chronique de l'Abbé Pic assure qu'il s'endormit à Genouillac dans la paix du Seigneur le 23 avril 521, tandis que Robert de Machefer, dit Robert Pingos, chambellan du duc de Bourbon-Condé et historien à ses heures, affirme qu'il ne connut le trépas qu'en l'an 541, en son château de La Roche-Branlante, ce qui est manifestement faux étant donné que ce château n'a jamais existé et que je viens juste de l'inventer. Saint-Trouphime est le saint patron des vidangeurs, des bonimenteurs, des vinaigriers et des directeurs des ressources humaines. |
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