Décidément omniprésent dans ces pages, le Baroudeur. Que voulez-vous, c'est un phénomène saisonnier : né un 23 septembre avec l'équinoxe et ses grandes marées, il portait en lui une vocation cosmique qui en fait l' exception qui confirme la règle tasonne. C'est que le tason est plutôt de nature sédentaire, attaché à la terre natale et aux bistrots que fréquentaient déjà ses ascendants. Certes, la vie moderne a contraint plusieurs tasons à s'exiler mais ils n'ont guère tardé à faire souche, entasonnant ainsi un territoire autrefois livré à la seule barbarie dynamique. Le tason n'est pas enfant du voyage et je ne vois guère que le Baroudeur à ne pas avoir connu de telles fixations : établir la liste de ses logements épuiserait un biographe chevronné et opiniâtre.
La première fois que je l'ai vu, c'était au collège de La Châtre. Nous étions venus, petits aigurandais de troisième, passer les épreuves du BEPC. Il y avait, entre autres, le Président, qui n'était pas encore président, et le Spaggiari de la Rue de la Gare, qui était encore un fort bon garçon honnête.

I
l me souvient que dans les abords de ces bâtiments sans grâce où nous allions plancher sur notre premier examen, un grand sifflet avait essayé de nous chambrer : c'était El Dudu, qui confirma nos craintes sur les Castrais : c'était bien une bande de cons. Et puis nous l'avons vu : le Baroudeur, avec ses énormes carreaux et surtout son short. Car l'animal était en short, en culotte courte plutôt, et c'était bien le seul ce jour-là (nos parents avaient insisté sur le peigne et la tenue décente, quand bien même nous ne passions que des épreuves écrites).
Oui, le Baroudeur, qui n'était pas encore le Baroudeur, était en culotte courte et maillot vert pomme. Je ne me rappelle pas lui avoir adressé la parole ce jour-là, trop impressionné sans doute par cette désinvolture vestimentaire. A la rentrée suivante, nous allions le retrouver (enfin, pas le Président qui a été déporté à Jean Giraudoux pour cause de dysorthographie aggravée, et pas non plus le Spaggiari, qu'on envoya exercer ses talents dans la plus belle bourgade de Corrèze : Egletons).
Ces deux lâcheurs m'avaient abandonné et j'allais tomber dans les griffes du Baroudeur et d'El Dudu.
Mais ceci est une autre histoire.
Happy Birthday quand même, mon cher Juan.