
Le dernier commentaire de l'ami Didand sur notre nouvelle grille de rentrée a bien attristé la rédaction : traiter nos articles mûrement réfléchis, hardiment pensés, rigoureusement étayés, de
fariboles nous a beaucoup peinés, surtout venant d'un membre éminent de la tasonnerie mondiale, que dis-je éminent ? sur-éminent, proéminent même, surplombant de toute sa hauteur de président auto-proclamé juché sur la dune du Pyla le troupeau lymphatique des tasons ordinaires à yeux rouges.
Pour changer, il propose donc la lecture "substantielle" du volume 64 de la collection Patrimoines Naturels, du Muséum d'Histoire Naturelle, tout entier consacré à l'
écrevisse.
Nous ne sommes pas si bêtes : nous voyons bien qu'il faut lire dans ce commentaire, en apparence négatif, bien autre chose. Il nous faut pratiquer cette lecture "
à plus hault sens" que Rabelais revendiquait lui-même pour ses propres oeuvres, autrement dit il faut "
rompre l'os et sugcer la substantificque mouelle...". Notre cher Didand, en parlant de lecture "substantielle" nous y invitait déjà...
Car enfin pourquoi, entre les moults publications du Service des Publications scientifiques du
Muséum national d'Histoire naturelle, avoir choisi le volume 64 consacré à l'écrevisse ? Pourquoi précisément l'écrevisse ? Il faut avoir passé toute son enfance dans une ferme isolée de Paulnay ou de La Pérouille pour ignorer que l'écrevisse est l'animal sacré des Aigurandais, mythifié et ritualisé par Jean-Louis Boncoeur lors des cérémonies de la Saint-Sylvain des années 70-80. L'intronisation glapissante des Maistres Escrevissiers, sous l'égide de l'Ecrevisse d'Or, reste un moment unique dans la mémoire locale.
Tout le monde sait maintenant que l'écrevisse ne survit bien que dans les cours d'eau à l'onde pure. Sa présence en nos ruisseaux est un gage de salubrité. L'écrevisse est le parfait symbole de nos temps fragiles. Menacée de toutes parts, elle ne survivra que par une prise de conscience planétaire !
Bon, on se calme. Voyez-vous maintenant où je veux en venir ? Non ? Reprenez un Ricard, bien allongé en cette période de retour de chaleur, et asseyez-vous bien confortablement. Ne croyez-vous pas maintenant que l'écrevisse est le substitut idéal du Tason ? Que tout ce qui est dit de l'écrevisse dans ce volume 64 s'applique parfaitement au Tason, dont la survie en notre monde dominé par la vitesse est tout aussi hypothétique ?
Je reprends la notice et je remplace le crustacé par le Tason. Voici ce que ça donne :
"La première partie de l'ouvrage présente la systématique et la phylogénie des tasons,
la seconde décrit les habitats et les menaces,
la troisième fait le point des connaissances actuelles sur les espèces de tasons indigènes (cinq), non indigènes (sept) et non indigènes découvertes récemment (trois),
la quatrième partie décrit la conservation et la gestion, incluant éducation et législation,
la partie finale attire l'attention sur la perte des populations indigènes.
Grâce à cet atlas, des informations de base sont ainsi disponibles en Europe, pour les décisionnaires et le grand public.
Une bibliographie, un glossaire et une clé de détermination des espèces complètent le volume."
Les espèces de tasons non indigènes (c'est-à-dire n'ayant pas fait leur scolarité à l'école ou au collège d'Aigurande) découvertes récemment sont à coup sûr la Lulu (Astacus Pichotus), la JeanLemoine (Astacus Johannus Minimus) et la Voudouskank (Astacus Momus Chadus).
Je crois que je vais acheter le livre rien que pour avoir la clé de détermination, qui va permettre de faire enfin le tri parmi toutes les espèces de tasons qui prolifèrent chaque année autour de l'écosystème de Dampierre.
Merci donc à l'ami Didand pour ce clin d'oeil magistral et subtil qu'il nous a adressé pour réveiller notre conscience. On ne pouvait attendre moins de la part d'un néo-girondin qui passe ses vacances en Savoie mais n'oublie jamais ses racines, comme en témoigne le cliché suivant :
