Samedi après-midi. Coup de fil du Baroudeur. Albert Vyl a été vu à Neuvy. De source sûre, sera à Cluis pour la grandeTasonnerie Lumassière. Mon sang ne fait qu'un tour, je saute dans la bagnole, je fonce chercher le Baroudeur en villégiature chez sa mère, et nous voilà deux heures plus tard dans les rues cluisiennes à la recherche du plus fuyant des tasons historiques.
Tout ça me paraît trop simple. Après des années de quête inutile,Vyl s'afficherait donc impunément dans la cité de son enfance... Je n'ose y croire. Mes craintes sont fondées car le premier plan s'avère pourri. Vyl devait être visible au domicile de sa vieille maman jusqu'à 21 heures où il devait s'occuper de sa progéniture. Mais la vieille maman est seule avec sa petite-fille, avec qui elle regarde un DVD de L'Esquive, en n'entravant que pouic, la pauvre, au langage banlieue des acteurs du film. Fine mouche, elle essaie de nous retenir, mais on ne craque pas et on lui fait même lâcher le morceau : son Albert est chez Saxo.
Saxo : le grand caïd de la Coterie du Luma, le Pape de l'Escargot, le big boss quoi. QueVyl soit en cheville avec lui ne nous étonne pas le moins du monde. On traverse crânement la fête foraine plus déterminés que jamais. Je surprends quand même le Baroudeur à lorgner en passant sur les beignets. Le beignet à la crème de marron, c'est son péché mignon. Là, il a résisté, mais pour combien de temps ?
Bien entendu, chez Saxo,c'est rateau. Le rade est plein de gaziers mais vide de Vyl. On filealors à l'Atrium, où Carmel Oisir a exposé le mois dernier. Là, on n'aime pas trop le luma, c'est ambiance familiale. Le Pierrot et la Sarah nous accueillent fort gentiment, nous régalent d'un petit picrate bien sympathique mais affectent de ne rien savoir sur les déplacements du loustic.On hésite à les travailler un peu au chalumeau, lorsque soudain éclatent les flonflons du défilé de chars.

Bon, des chars il y en adeux : le traditionnel Luma et le char pyromachin avec feux d'artifice, lâchers de bulles et musique tonitruante. Et leRéveil Cluisien devant ou derrière, je ne sais plus. Lecarnaval des riaux, la liesse populaire... Sur le trottoir, on a quand même le plaisir de retrouver la charmante Sophie D...avec son ami Alain. Bien entendu, ils n'ont pas croisé A. V.On reste calmes avec le Baroudeur et on décide de faire unedescente chez William, une sorte de Huggy-les-Bons- Tuyaux cluisien.
Une petite maison rue duPont-Paillard. Dans le jardin : toute la famille dudit William, plus Tino, le propre frère de Vyl, un coriace, qui protègera son frangin jusqu'au bout, on ne se fait pas d'illusion. Rien à dire sur l'accueil : petit Côtes-du-Rhône gouleyant, topette affriolante. Il est visible qu'on cherche à nous endormir. On y réussit d'ailleurs : entre deux rasades, le Baroudeur plonge dans les bras de Morphée. Seule la promessed'un beignet le ramènera à la pleine conscience. En tout cas, il est plus de minuit et on est toujours bredouilles.
Ni une ni deux : on embarque tout le monde et cap sur la fête. Un petit détour par le marchand de beignets (qui ne propose pas de crème de marron) et nous voilà au café de l'Union. Pratiquement le dernier espoir de dénicher notre lascar. Hélas, là encore, pas l'ombre d'un crâne rasé. Que de gentils jeunes gens qui prétendent ne rien savoir, et veulent vous emmener au bal, histoire de mettre en berne vos derniers restes de lucidité. A deux heures du mat, on s'avoue vaincus. Vyl encore une fois, tel le Fantômas du bocage, nous a menés en bateau. A deux heures et demi du matin, nous mettons un terme à notre cabotage nocturne et bistrottier. Le mystère Vyl reste entier.
