Par Norbert Klapic
J'ai cassé le cerisier du jardin. Comme un imbécile. Un petit cerisier, le plus petit des trois arbres qui poussent le long du mur de notre jardinet. Un petit fruitier qui me donnait son clafoutis annuel. Pas plus, pas moins. Samedi après-midi, j'ai voulu cueillir les dernières cerises aigres qui me narguaient sur les branches un poil trop hautes pour être saisies du sol. En l'absence d'échelle et d'escabeau, j'ai placé une simple chaise, et une inspiration mauvaise m'a fait me suspendre à la plus grosse branche porteuse de fruits. Je pensais simplement la faire ployer mais l'arbre n'a pas l'élasticité du bambou et, dans un accès de balourdise sans nom, j'ai criminellement cassé cette maîtresse branche qui constituait l'essentiel du cerisier. Un craquement sinistre accompagna le désastre. Comme on me pressait d'avouer que j'avais commis là une belle connerie, je n'eus de cesse, avec un faux détachement de circonstance, de mettre en avant les effets somme toute bénéfiques de l'incident : vue dégagée sur le fond du jardin, accueil facilité pour la treille du voisin escaladant le mur, anticipation d'une coupe de toute façon inéluctable d'un arbre déjà passablement malade et fragile. Bref, un festival de flegmatique mauvaise foi.Eclipse Next 2019 - Hébergé par Overblog