Overblog Tous les blogs Top blogs Humour
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

La fiction brève du dimanche : Malgré l'affreuse odeur de ses escarres

Premier puzzle à dix-huit mois, Petit Ours Brun en trois morceaux. Une réussite, des bravos, des rires, des bisous dermophilisés de Tata Renée, pourvoyeuse de l'objet. Ensuite c'est l'engrenage : plus de morceaux, plus de temps consacré, plus de fierté dans le regard des géniteurs. A trois ans, les cinquante pièces sont une formalité ; à quatre ans, les cent pièces s'enchaînent si vite que la ludothèque locale est épuisée en quelques mois. La question du budget commence à se poser de manière criante au cinquième anniversaire et au sixième, il est inconcevable de s'attaquer à un moins de cinq cents pièces. Il y a longtemps qu'on ne rit plus : l'affaire tourne au cauchemar.

Plus question de reconstituer un Marsupilami déchaîné dans sa jungle ou un Scoubidou traqué par les fantômes, on tape dans le Chambord au clair de lune, le coucher de soleil sur la plage landaise ou les neiges éternelles sur le versant nord du Chomolungma. Certains sourires pervers commencent à s'afficher sur les visages des généreux donateurs. On suppute la résistance du prodige, on espère en douce l'effondrement, le clash, le nervous breakdown, mais rien n'y fait : les cieux se coagulent avec la même célérité tranquille, les névés et les reflets s'entretissent sans repos et l'on commence à se demander s'ils vont pouvoir suivre le rythme chez Ravensburger.

Et puis un  matin, on surprend le phénomène en train de démolir le mur du jardin à grands coups de pioche. A huit ans, on a des petits muscles mais avec de l'opiniâtreté on vient à bout du plus solide édifice. On se récrie, on se dit que ça y est, c'est le pétage de plombs, ça devait finir par arriver. Mais non, sitôt le mur abattu, voilà notre surdoué qui commence à rassembler les briques. Et qui en deux heures vous remonte tout ça. A l'identique. Il veut maintenant, c'est clair,  travailler dans le grandeur nature. La maison tout entière allait-elle y passer ?

Et puis c'est tata Renée, encore elle, qui nous a sauvés du désastre : elle lui a offert une Nintendo DS. Et on l'a tous embrassée avec effusion, malgré l'affreuse odeur de ses escarres.

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
D
Résumé de la fiction brève du dimanche : Pour se débarraser du lecteur, le narrateur passe sous silence l'éclatement méthodique de la console à coups de marteau et le remontage rapide et impéccable qui s'ensuivit.
Répondre