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Charlemagne était un gros tason

Roland, certes, était un tason de la belle espèce, mais ce qu'on sait moins c'est que Charlemagne, malgré ses grands airs, n'était pas mal non plus. L'épisode de l'expédition en Espagne mérite qu'on s'y penche d'un peu plus près. Charlemagne est allé là-bas à la suite d'une plainte du gouverneur musulman de Saragosse, le wali Suleyman Ibn-Al-Arabi, qui n'avait pas hésité pour cela à faire le chemin jusqu'au palais de Paderborn, en Saxe. Faut croire qu'il en avait gros sur la patate, le wali... En fait, il en voulait pour je ne sais quelle raison à l'émir de Cordoue Abd er-Rahman 1er.

Charlemagne, rusé comme un George Bush, se dit qu'en intervenant contre l'émir,il ferait plaisir au calife de Bagdad (eh oui, Carolo, encore une histoire de calife...) dont Abd er-Rahman rejette l'autorité (ils ont surtout un ennemi commun : l'empereur chrétien deByzance). Et puis, il prétend donner un coup de main aux roitelets chrétiens de la péninsule.

Au printemps 778, l'arméedes Francs franchit pour la première fois les Pyrénées et s'installe pour partie à Pampelune. Là, déception : en réalité, les chrétiens, comme dans tous les pays musulmans, ont un statut de protégés (dhimmi), et même s'ils sont soumis à de lourdes taxes, ne sont pas en rebellion ouverte avec leurs occupants, qui sont par ailleurs plutôt bons princes.


Une image qui a bercé  notre enfance... Ah, Durandal...

Allez donc dans ces conditions vous présenter comme un libérateur... En plus, le fameux wali a été remplacé à Saragosse.

Comble de déveine: alors même que l'émir de Cordoue fait route pour l'affronter, Charlemagne apprend que Witukind, cet enfoiré de chef saxon, a lâchement profité de son absence pour se rapprocher du Rhin. Et ça, Charlemagne, il aime pas ça du tout, qu'on touche à son Rhin.

Pour faire bonne figure, il fait donc raser les murailles de Pampelune et remonte fissa vers le Nord pour mettre une raclée au saxon. Et c'est là, au passage des Pyrénées, que des Basques insoumis (et non des Sarrasins, comme on l'a chanté plus tard), assaillent un convoi d'arrière-garde.

L'incident ne mérite que quelques lignes dans les Annales Royales. On signale bien la mort de quelques nobles dont celle d'un obscur préfet de la Marche de Bretagne, le dit Roland, mais on n'en fait pas tout un fromage.

Ce sont ces tasons de troubadours, 300 ans plus tard, qui font mousser le fait divers et concoctent avec cet épisode somme toute ridicule le plus célèbre poème du Moyen Age, la Chanson de Roland.

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