Par Nil Pétarbrock
Une mousse à raser bio que ma femme m'a achetée. Moi qui préfère le gel je suis servi, une mousse légère comme blancs en neige me tartine les joues d'un voile délicat. Et cette odeur
! Williams, Gillette et Mennen ne m'ont pas habitués à ça. Il me semble pourtant l'avoir déjà respirée. En d'autres temps, d'autres lieux. Je me dis que je vais foutre ça à la poubelle mais
le lendemain, je recommence. Je me dis que je n'aime pas gâcher mais ce n'est pas toute la vérité. En fait je cherche d'où ça peut venir, à quel souvenir ça renvoie.
La maison au bord de la route, pas très loin d'une chapelle solitaire. La maison d'un homme tout aussi solitaire, la cuisine aux tommettes rouges et la chambre, le grand lit de hêtre massif au fond, et le bureau au milieu, couvert de livres, les posters d'anatomie au mur, la cheminée et le radiateur à bain d'huile qui ne parviennent qu'à ménager quelques petites poches de chaleur dans l'espace glacial. L'homme a fait tourner son pendule. Il est formel, cette femme est une menteuse. Son analyse caractérologique est sans appel. Elle est atteinte d'un mal pernicieux dont il ne précise pas la teneur. Problème d'ovaire en tout cas. Et l'odeur est là, indéfinissable mouture d'humidité et de senteurs fleuries, d'huiles essentielles et de cendres amères. L'odeur du secret et de la magie pénombreuse.
Sur cet homme, j'avais tracé le plan d'un roman qui aurait dû s'appeler Le charlatan. Ce charlatan ne ressemblait pas à l'image habituelle que l'on
se forme de cette sorte d'êtres. Lui, était de bonne foi, croyait à ce qu'il faisait. Lui, qui n'avait jamais lu dans son enfance et plus tard encore, engloutissait des livres et s'en faisait des
évangiles. Il avait une amie voyante qui lui avait promis la fortune. Le roman ne s'est pas écrit, la fortune n'est pas venue.
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