Par Nil Pétarbrock
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Güpal Joszef n'est plus |
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Le dernier locuteur de la langue bordave s'est éteint hier à l'hospice-prison de Karamalik, à un âge indéterminé car jamais cet ancien maréchal-ferrant du nom de Güpal Joszef ne fut inscrit dans le moindre registre d'état-civil, les Bordaves ayant longtemps vécu complètement reclus dans leur vallée du Haut-Mutakan, inaccessible par voie terrestre huit mois sur douze, avant d'être massivement déportés, sous le régime des colonels, sur la presqu'île de Schogol où le climat inhospitalier, les travaux forcés et la vodka artisanale décimèrent la plus grande partie d'entre eux. La seule ébauche d'étude linguistique sur la langue bordave fut réalisée par Tomas Holarnik, un obscur étudiant qui n'alla pas plus loin que la lettre B dans la constitution d'un lexique bordave : il est vrai que la seule lettre A lui avait demandé huit ans d'enquête patiente auprès des derniers parleurs, dont Güpal Joszef. Huit ans pour dix-neuf mots, on est en droit de s'interroger, mais il faut savoir que si les mots étaient rares ches les Bordaves, leurs sens étaient nombreux, ainsi le mot Adalaxionadajez n'avait pas moins de cent quarante-deux acceptions, sans compter les dérivations dialectales (en fait, chaque village Bordave entretenait un dialecte à peu près incompréhensible pour les autres Bordaves). Il semblerait d'ailleurs que les derniers Bordaves rescapés des camps ne se comprenaient plus du tout, que seules les insultes les réunissaient et que Güpal Joszef aurait tué avec son ancienne masse son cousin Piotr Yamenskar au cours d'une querelle sur le nom d'un fromage. Renseignement pris, il se serait agi d'une Vache qui Rit. |
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