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La fiction brève du dimanche : Le radeau des scouts


Il décida de partir. En radeau. Toutes les objections qu'on lui fit, il les balaya d'un sourire entendu. Il partirait en radeau, un point c'est tout. Le radeau seul lui semblait acceptable. Il passa à la Poste retirer les sous de son RMI, puis chez Lidl pour  les vivres (un plein caddie de gâteaux allemands dont la densité devait selon lui  permettre de tenir plusieurs jours sans autre apport calorique), enfin chez son oncle André (tonton Dédé) pour lui soutirer une bouteille d'eau-de-vie de prune (il faut toujours avoir un peu d'alcool à bord était une de ses maximes préférées). Le radeau ? Il l'avait repéré depuis quelques semaines sur le lac : une escouade de scouts en avait fabriqué un qu'ils avaient amarré près du vieux ponton où il venait quelquefois jeter une ligne paresseuse.

Il partit  à l'aube d'un jour d'avril un peu frisquet. En deux coups de perche bien sentis, le radeau se détacha de la rive et commença à glisser avec la sérénité d'une vieille couleuvre sur les eaux calmes du lac. De là, il allait rejoindre la Lougre et la descendre jusqu'à son confluent avec la Bourreine. Après, on verrait bien.

Des lambeaux de brume s'effilochaient à la proue de son esquif. La Lougre prenait des allures d'Orénoque ; il se redressa, tendu dans l'espoir de saisir les vocalises des aras, mais il ne réussit à entendre que les cris des Sauvages trépignant sur la berge.  Sans doute  rentrait-on  dans leur territoire ?  Il ne se trompait pas, mais ces Sauvages n'étaient autres que les scouts qui campaient un peu en aval et hurlaient au vol de leur radeau. Il leur adressa un signe qu'il voulait apaisant. Ils ne s'apaisèrent pas, et courant comme des dératés le long du chemin bordant la rive, ils bombardaient l'hardi navigateur  de quelques pierrailles et bouts de bois. Lequel navigateur, insouciant du danger, l'arcade ouverte par un caillou bien calibré, déplorant n'avoir pu se faire comprendre de cette population primitive (mais il ne leur en tenait pas rigueur au fond de lui), disparut dans un tourbillon d'écume alors qu'il abordait le passage du Saut du Loup, déversoir redoutable où le radeau se disloqua bel et bien.

Il ne savait pas nager mais, aggrippé à une planche, il réussit à gagner la rive gauche. De l'autre côté, les scouts sifflaient des insanités, bientôt rejoints par une camionnette bleue avec gyrophare. Les vivres étaient perdus, il n'avait pu sauver que la prune. Il en lampa une gorgée pour se donner du courage.

Il avait eu tort de faire confiance à ces petits saligauds. Il était clair pour lui qu'ils n'y connaissaient rien en matière de radeau. Il en construirait un lui-même. Et à lui la Lougre, la Bourreine, l'Océan ! Et puis il écrirait un livre pour raconter cette folle équipée. Il s'installerait durablement en tête des ventes. Il emmènerait Tonton Dédé au restaurantet lui raconterait pour la millième fois le passage du Saut du Loup et l'autre lui dirait simplement "Eh ben, fiston..."

Mais la prune du restau ne serait jamais aussi bonne que la sienne.

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J
 Ben en ce qui concerne notre équipée avec Dabade, ça remonte bien aux années... 70, et à l'époque au Bourg d'Hem la creuse coulait creux, y  avait pas encore  tous ces aménagements à pédalo,  juste un déversoir pour s'amuser avec un bateau qui se  dégonfle.
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N
Saperlotte ! Pincé ! Complètement oublié que le Didand est un spécialiste mondial de la flotte...
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D
Résumé<br /> de la fiction brève du dimanche<br /> Il existe<br /> trois façons de naviguer d’amont en aval d’un lac vers une rivière, le trop<br /> plein, la bonde de fond et la fiction, cette dernière semble la plus commode.
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P
Et voilà comment naît une vocation de baroudeur tason...
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J
Ca me rappelle avec Dabade quand on a voulu descendre la Creuse pour rejoindre la Loire  (et qui sait où après ?). on avait trouvé un canoé gonflable costaud, en vrai caoutchouc dans le grenier ; on l'avait gonflé, réparé, préparé les provisions et le matos de survie, impec. On s'est faits emmener au Bourg d'Hem, on a passé la nuit au bord de l'eau, et au petit matin on a mis à flot. Mais peu après, on s'est aperçu que le bateau s'il ne fuyait plus était devenu poreux de partout et perdait gentimment son air sans faire de bruit, juste des petites bulles partout, et en une demi-heure, il était moitié dégonflé. Alors on a débarqué et on est resté dans le coin quelques jours jusqu'à épuisement des provisions, une belle virée !
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