Et puis l'époque vint de
la réapparition de l'anthropophagie. Certes, comme d'habitude, cela commença sous le manteau, dans l'ombre des mafias et le bruissement des tuyaux télématiques. Rien
ne filtra jusqu'à ce qu'un journaliste un peu hardi (l'espèce devenait rarissime) révéla une étrange collusion entre certains établissements pénitentiaires et une grande entreprise de restauration
collective. L'escalope de dinde ou les boulettes de viande que celle-ci était censée offrir à ses clients n'étaient autres que de la chair de prisonniers euthanasiés. L'affaire fit grand
bruit, on renvoya plusieurs directeurs corrompus jusqu'à la moelle, mais les moins hypocrites des juges du moment avouèrent, en dehors des micros, que la pratique n'allait malheureusement pas
cesser pour autant : il fallait se rendre à l'évidence, la planète ne parvenait plus à nourrir ses habitants, et les plus pauvres ne pouvaient plus se payer de la barbaque à cent cinquante euros le
kilo.