Par Pat Laye
"Quand Ford réalise ce film, en 1960, entre deux superproductions à grandes stars, il fait l’un de ses « petits films »
qui lui tiennent à cœur et estime sans doute n’avoir rien à prouver. Il aborde un sujet sensible en cette période de la lutte pour les droits civiques d’une façon à la fois personnelle et
déroutante, traduisant bien ses propres contradictions dans la représentation des Noirs au sein de son oeuvre. Pourtant, avec le recul, il donne à Woody Strode, ce magnifique acteur, ce splendide
être humain, un rôle qui va bien au-delà de ce qui se pratiquait alors chez des cinéastes « progressistes » comme Stanley Kramer ou Martin Ritt. Tout est dans le
titre qui met en avant le personnage. Il fait de son sergent noir un héros authentique. Ce n’est pas la thèse qui l’intéresse mais le portrait d’un homme. « Il m’a filmé
comme John Wayne, sur fond de Monument Valley » disait Strode. Chez Ford, la dignité n’est pas dans ce qui est dit mais dans ce qui est montré, dans la façon dont sont montrés même les
plus humbles. C’est Muley dans Grapes of Warth (Les raisins de la colère), c’est le chef Poney-qui-marche dans She wore a yellow ribbon (La charge
héroïque), c’est Cochise dans Fort Apache et c’est le sergent Braxton Rutledge."
Vincent Jourdan (président de Regard Indépendant)
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