Par Nil Pétarbrock
Elle était un peu trop grosse, un peu trop grasse à mon goût, qu'il disait sans le
moindre sourire, sérieux comme un pape, comme chaque fois qu'il évoquait cette liaison qu'il aurait eu avec George Sand. On avait beau pas être très cultivés dans la chambrée, il fallait pas
nous prendre pour des imbéciles. George Sand, il y avait belle lurette qu'elle avait passé l'arme à gauche, ça tout le monde le savait. Un jour, l'adjudant Tournoi avait même sorti son Petit
Larousse de quand il était au lycée pour lui démontrer que ces histoires de coucherie à Nohant, ça ne pouvait être que du flan. Pensez-vous que ça l'a ébranlé ? Que dalle. Il a même surenchéri en
affirmant que c'était lui qui avait donné l'idée de la Mare au Diable. La petite Marie, le Germain, les bois de Chanteloube, tout ça c'était lui. Un soir où
elle avait pleuré sur son épaule parce qu'elle lui avait avoué une panne d'inspiration totale. Et tous ces gens au château à faire croûter, Flaubert qui devait radiner le mois prochain. Non, il
fallait absolument produire, annoncer un nouveau titre, préparer une nouvelle pièce de théâtre pour le Boulevard. C'est alors qu'il avait imaginé toute cette histoire sur laquelle elle avait brodé
les jours suivants. La Mare au Diable, il allait y pêcher les grenouilles quand il était minot. C'est vrai que t'en as de l'imagination, lui criait Blanchard, mais faut quand même pas déconner. Et
il fallait qu'on se mette à trois au moins pour empêcher Blanchard de lui casser la figure.Eclipse Next 2019 - Hébergé par Overblog