Par Nil Pétarbrock
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Octave Trichet |
| A Caroline et Titi Après trente-cinq années de bons et loyaux services derrière le guichet d'une administration, le tout récent retraité Octave Trichet décida de se livrer à une vie de débauche. N'ayant plus de famille à déshonorer depuis que sa vieille mère s 'était endormie dans le Seigneur à l'âge de cent trois ans, il planifia méthodiquement la gabegie de son héritage et de ses économies. Le lupanar trois fois par semaine, le champ de courses tous les deux jours, le bistrot avant chaque repas, l'éther et les stupéfiants par prises mensuelles dans un premier temps, tout avait été minutieusement programmé : à ce train-là, il devait pouvoir tenir jusqu'à ses quatre-vingt printemps. Mais c'était bien le diable si syphilis, cirrhose ou overdose ne l'avaient pas emporté d'ici là dans l'autre monde. C'était sans compter sur une certaine Sidonie, péripatéticienne de haute volée, qui sut reconnaître en Octave un pigeon de première classe : au bout de six mois de toilettes et joailleries, de casinos, palaces et voyages sur la Riviera, le pécule trichettien s'était comme de juste évanoui. Et la donzelle ne tarda pas à en faire autant, avec un marlou de Ménilmontant qui d'ailleurs l'assassina deux mois plus tard. Loin de sombrer dans le désespoir, Octave se félicita d'avoir gagné du temps en se faisant plumer de la sorte : la débauche l'avait très vite mortellement ennuyé et il eût été dommage de n' en prendre conscience qu' au bout de vingt ans. Il décida alors de se reconvertir dans le crime. Et c'est ainsi qu'il agressa son premier client rue de l'Arbre-Sec, un soir de novembre, avec un couteau suisse sauvé de la ruine. Il exigea la bourse d'un pauvre commis en crêpières avec le même ton ferme et peu avenant qu'il avait toujours adopté en réclamant un récépissé au bon vieux temps du guichet. Il détroussa ainsi un bourgeois chaque semaine jusqu'à ce qu'un pandore un peu sagace s'aperçoive que le mystérieux tueur au couteau suivait l'ordre alphabétique pour le choix des rues. Après le meurtre de la rue Feydeau, on le pinça donc la semaine suivante rue Gambetta. Il ne fit aucune difficulté : le crime ne lui avait pas apporté les joies escomptées. A son procès, il réclama la guillotine, dénonça le laxisme de la justice et parvint même à se faire applaudir par les familles de ses victimes. L'espace d'un instant, il regretta de n'avoir jamais songé à entrer en politique.
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