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La fiction brève du dimanche : Comme on s'éveille d'un cauchemar

tete-lys.jpg Deux souvenirs reviennent régulièrement, j'allais dire me hanter, mais hanter ne convient pas avec ses nuances de maléfice et de possession, visiter vaudrait mieux, oui visiter, comme de cousins passant à l'improviste, qu'on a toujours connus mais qui seraient au fond d'un mystère total. Voilà, je suis sur mon petit vélo, j'ai huit ans ou sept ou neuf, je ne sais plus, dans une rue, sur un chemin, je prends de la vitesse, les freins sont inefficaces, je coupe la route. C'est tout. Aucune voiture n'est venue me faucher, aucun tracteur n'a rencontré ma trajectoire. Je n'ai rien dit à personne. La vie a continué. Deux fois donc c'est arrivé. Mais aujourd'hui je prends conscience que les images de ces deux traversées ne cessent justement de me traverser moi-même, me posant comme survivant, comme rescapé.
Par deux fois j'ai eu de la chance, par deux fois le hasard m'a épargné. Bien sûr, nous échappons sans doute dix fois par jour à l'accident majeur, mais nous n'en savons rien, nous vivons la plupart du temps inconscients des dangers que nous évitons. Là, c'est différent, chaque fois, je sais encore que je savais que je risquais ma peau, j'eusse pu me jeter à terre, entamer un dérapage désespéré, non, par deux fois je me suis abandonné à cette roulette russe de la route. Aucunement par désir de sensation forte - j'étais l'enfant le moins casse-cou qui soit, empli de mille craintes et peu doué pour le risque. Etait-ce cette fameuse pulsion de mort dont j'ai lu plus tard qu'elle nous chevillait l'âme en profondeur ? Je ne sais pas mais je frémis encore quand repassent ces images. Bizarrement, pour être tout à fait précis, je ne me revois pas traverser, le souvenir a gardé seulement la mémoire de l'instant d'avant, alors que la route béante m'avale et que je ne vois rien de ce qui peut surgir. Je sais que j'ai traversé, il est impossible que je n'ai pas traversé, mais la mémoire n'a rien gardé de ces quelques mètres concédés à la fatalité. Comme on s'éveille d'un cauchemar juste avant que le monstre vous broie dans ses mâchoires de fer, juste avant que la vague horrible vous enlève votre enfant à jamais.
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D
Résumé de la fiction brève du dimanche Cauchemar de hérisson.
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