Il importe peu que l’on soit de bronze, que l’on ait pour coeur un morceau de fer, la nuit on voudrait enfouir son propre tintement dans du tendre, du féminin. Maïakovski, Le nuage en pantalon, 1915. Elle n'oublia jamais son apparition, un soir de novembre...
Joli plâtre, murmura-t-il, ces baigneuses, inspiration japonaise, oui, très joli. La Vague, de Camille Claudel, enfin une copie, t'as pas les moyens, Arthur. Je disais ça comme ça, bon, tu me la prends cette huile ? C'est un Revêches quand même, clama-t-il,...
Hélène Deville en avait gros sur la patate. Son champion se faisait proprement laminer par Paoli. Le colosse moustachu avait déjà expédié par deux fois au tapis Henri Farinaud, l'anar des rings, le cogneur de pandores. Il était reparti chaque fois vaillamment...
Le gamin avait pris le journal qui servait à allumer le feu pour la cuisinière. Il ne servait qu'à ça, le journal que récupérait la mère à la fin de la journée chez Madame, personne ne savait lire chez les Bujaudet. Pas faute d'avoir essayé, on était...
Elle avait espéré le voir. Mais dans la foule qui se pressait ce 24 mars pour l'ouverture de "La Cible", la nouvelle exposition organisée par le couple de peintres Mikhail Larionov et Natalia Gontcharova, elle n'avait pas repéré sa haute stature. Natacha...
Une grande première dans l'histoire de la tasonnerie avec ce document qui ne manquera d'être repris sur tous les médias nationaux qui se respectent, composé grâce à notre secrétaire bien-aimé, le syndicaliste rebelle, le Spaggiari de la rue de la Gare,...
Notre trésorier de choc, l'illustre Dompic, m'a envoyé en ce début février un mail laconique comme il en a le secret : "Il paraît que le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas. Tu trouveras en pièce jointe ma contribution à l’édifice. On en a toujours...
Je l'ai rencontré en montant au marché, il était catastrophé, anéanti. Je lui demande ce qui se passe, je redoute un malheur dans la famille, un accident, l'annonce d'une maladie incurable. Mais non, il me regarde d'un air atterré et me sors que Jean-Paul...
Ladouelle l'avait vu d'abord sur le trottoir devant la Mie câline. En survêt, polo jaune avec des tâches, pompes usées, des mocassins déjà moches au départ et qui avaient largement fait leur temps. C'est ce qu'il m'a raconté en tout cas et au moment j'y...
A la veille du 25ème remaniement, le temps est venu de porter à la connaissance des foules impatientes le discours tenu voici deux ans par votre serviteur. Et nous aurions sans doute attendu d'avoir encore un peu plus de recul, sans l'appel de Madame...
Les cloches l'avaient réveillé, du moins avaient mis en éveil une partie moins embrumée de son cerveau, et quelques réseaux de neurones avaient travaillé avec acharnement pour lui faire ouvrir l'oeil gauche, celui qui n'était pas entouré d'une marque...
Il a vu ces mots soudain sur le journal, ce n'était peut-être même pas celui du jour, mais qu'importe, les mots étaient bien présents, irréfutables : "Mise à jour de la zone de contamination par les ermites". Il en a frémi, c'est comme si toute sa vie...
Pour donner le change, il détourna une rivière. D'autres auraient choisi un train, un avion, ou un simple autobus, le flingue sur la tempe du conducteur. Non, lui, une rivière. Il aurait pu attendre une crue - certains en profitent lâchement -, la rupture...
Machine est partie ! Ce grand con de François a balancé ça dans le bistrot, bien fort, et inutile bien sûr de lui signifier que Machine a un prénom, parce qu'il vous répondra que Machine n'en avait rien à faire qu'on l'appelle Machine, qu'elle était si...
Tirer le corps, la masse inerte, vers la fente, la déchirure oblique dans le sol de la forêt, le gouffre, encore un effort, oublier le visage, oublier la coulée de sang dévalant la tempe, un effort encore, une traction, une branche qui fait barrage, la...
Il se souvenait des veillées . Les dernières qu'il avait vécues remontaient à la fin des années 60, ou peut-être au début des années 70, il avait toujours du mal avec les dates. Un demi-siècle déjà, et pourtant certaines images continuaient de remuer...
Il était devant moi à la boulangerie, ce dimanche matin. Depuis combien de temps ne l'avais-je pas croisé dans le bourg ? Croisé n'est pas le mot qui convient car il impliquerait que nos chemins se soient rencontrés, et ce n'était pas le cas, cela n'avait...
J'avais appris, un peu par hasard, la nouvelle de la mort de la mère de T. Je pus me rendre aux obsèques, prévues dans trois jours, étant en vacances cette semaine-là. Je me garai près de la place aux tilleuls, à l'endroit exact où je me garais si souvent...
Un des seuls livres que j'ai abandonné au bout de quelques pages, pour ne plus jamais y revenir, fut le premier livre que j'ai acheté, avec mes petits sous de collégien, à la Maison de la presse de la petite ville que nous habitions. Pour la première...
A Gros Renaldo , fidèle au poste Tout le monde a vécu des affaires compliquées, des bisbilles qui traînent en longueur et finissent par vous pourrir la vie, des chicaneries interminables qui vous rendent dingue ou vous donnent des envies de meurtre. Vous...
Elle avait la main verte, c'est ce qu'elle m'avait dit en souriant dès le premier jour de notre rencontre. Un drôle de sourire quand j'y repense, avec un rien de malice derrière. Et puis elle avait repris sa pinte de Goudale et on avait trinqué, la nuit...
Vu hier soir ce film d'Ozu qui me faisait signe à la médiathèque. En cherchant ensuite à en savoir plus long, j'apprends qu'il est sorti en 1960. Trois ans plus tard, Ozu mourait dans sa soixantième année. Il y a de bonnes scènes de tasonnerie nipponne,...
C'est à l'occasion de la treizième allocution solennelle de Macro à la télévision que l'on commença à se douter que quelque chose décidément ne tournait plus rond dans le pays. Il y avait la crise bien sûr qui perdurait au-delà de toute mesure, mais par-dessus...
La dernière fois que je la vis, dans la chambre d'hôpital qu'elle devait quitter le lendemain pour ne plus jamais y revenir, sa voix n'était plus qu'un souffle ténu qui se mourait à l'orée de ses lèvres. Elle qui parlait d'abondance, qui avait la passion...
Cette nuit, mon rêve était peuplé de Russes. Rien de bien étonnant en réalité, la veille j'avais lu la moitié d'un récit de voyage dans les montagnes de l'Oural, à la frontière entre Europe et Asie. Néanmoins, il y avait des noms propres dans mon rêve,...