
Si le Président échappa au redoublement, ce ne
fut pas le cas du garçon ici présent, Thierry
Meurat, qui eut donc la chance de passer une année supplémentaire sous la férule du père Léon et de commencer à fricoter avec mon petit frère
qui avait, lui, réussi à sauvegarder son année d'avance, peut-être parce qu'il était né en janvier, va savoir. C'est qu'en effet, avec notre déménagement à Tasonlande, route de Bonnat, nous
devînmes voisins avec Thierry, dont le père travailla jusqu'à sa retraite aux Abattoirs.
Thierry fut donc surtout l'ami d'Alain, qu'il suivit jusqu'au lycée agricole, une vocation qui germa peut-être dans les nombreuses virées qu''il fit
avec nous à la ferme dans les années qui suivirent. C'était un costaud, un balèze, Thierry, pas très grand, mais trapu, véloce, musculeux, avec un cou de taureau. Il excella plus tard au rugby où
il joua dans l'équipe première du RACC.
De tous les enfants présents sur cette photo, c'est peut-être lui qui me donnait la plus forte image de la solidité, de la vigueur physique, de la
tranquillité bonhomme de celui qui se sait fort. Et pourtant, le destin se chargea de démentir cette vision : Thierry, avant même la trentaine, alors qu'il travaillait, je crois, pour une boîte
agro-alimentaire, eut un terrible accident de voiture qui le plongea dans le coma. On crut encore qu'il allait s'en sortir, lui si vaillant, si puissant, mais non, il n'émergea pas de
l'abîme, et il s'éteignit quelques jours plus tard. Dans nos mémoires, il restera toujours celui qui nous plaquait si fort quand nous jouions au rugby derrière chez lui, sur les
terrains encore vagues du futur lotissement du Sancy.