Par Nil Pétarbrock
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Mon voisin Landru |
| Je n'ai jamais connu d'homme plus affable. Disant bonjour chaque matin, avec toujours un petit mot pour la belle-mère malade ou le neveu qui vient de se faire sucrer son permis. Toujours à rendre service, à vous prêter le kilo de sucre, la boîte d'allumettes ou la pompe à vélo qui vous fait cruellement défaut, fût-ce à une heure tardive. Rien à voir bien sûr avec le Barbe-Bleue qui enfournait ses conquêtes féminines au siècle dernier. Aucun lien familial, du moins l'affirmait-il avec un petit sourire gêné. Cette gentillesse, cependant, semblait excessive à beaucoup. « Trop poli pour être honnête... », disait Blanchard. On avait beau sonner en pleine nuit pour réclamer une babiole, il ouvrait la porte dans les trois secondes qui suivaient, comme s'il était resté à guetter là derrière, toujours sur le qui-vive. Un soir, il a débarqué chez moi alors que je prenais l'apéro avec Blanchard, et il m'a demandé pourquoi j'avais signé la pétition exigeant son départ de la résidence. On lui a dit d'aller se faire voir. Aujourd'hui, je dois dire que je le regrette un peu, mon voisin Landru. Une famille de sénégalais a pris possession de son petit appartement. « T'as pas gagné au change ! » a ricané Blanchard. Ça m'a mis de mauvais poil. Je n'ai pas remis ma tournée.
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