Par Nil Pétarbrock
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Tous les ans, au retour des beaux jours... |
| Tous les ans, au retour des beaux jours, il fait une grève de la faim. Toutes les raisons lui sont bonnes : retard dans les travaux de réfection de sa rue, augmentation soudaine du prix de la baguette, changement des horaires d'ouverture de la bibliothèque municipale, rayure sur la carosserie rutilante de sa Ligier... Sans mot dire, il prend un matelas pneumatique, quelques couvertures (dont celle qu'il a ramenée de son service militaire il y a trente-cinq ans), sa collection reliée plein cuir du Chasseur Français, et il va s'installer dans la chapelle Saint-Gervais de l'église du village. Les grenouilles de bénitier ne voient pas d'un bon oeil cette intrusion printanière, mais le curé - un lointain cousin – ferme les yeux (il faut dire que notre homme fait une grosse consommation de cierges à un euro pièce). La première année, la presse locale avait couvert l'affaire avec éclat, sortant même une édition spéciale. Et nous avions failli avoir la visite du sous-préfet. Mais maintenant c'est devenu une telle routine qu'on n'en parle même plus à l'heure de l'apéro au Café du Stade. De toute façon, au bout de trois semaines, il regagne invariablement son logis en vitupérant contre l'humanité, négligeant même de glisser dans la fente des troncs les emballages de Smarties dont il s'est nourri en douce pendant vingt et un jours.
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