Tasonnes, tasons,Aujourd'hui restera sans nul doute comme une grande date dans l'histoire des Tasons. Pardonnez-moi de succomber quelque peu à un lyrisme que d'aucunes mauvaises langues qualifieront de villepinien ou de sous-préfecture, mais ce
24 février 2007 ne marque-t-il pas la fin d'une époque ? Il y aura l'avant-Dédette et l'après-Dédette. Les Tasons continueront , certes - car c'est dans la nature tasonne de survivre à toutes les évolutions, fussent-elles funestes - mais une page sera bel et bien tournée, un tome de nos Mémoires collectives refermé, un pan entier de notre folle jeunesse définitivement annexé au passé. Abuserais-je en affirmant que le bouleversement est d'ordre quasi géologique : dans la tectasonique des plaques, Dampierre n'était rien moins qu'une de ces lignes de fracture essentielles, la dorsale océanique où s'étreignaient furieusement nos masses bouillonnantes, Dampierre était l'épicentre de nos séismes éthyliques et l'ombilic de la mythologie tasonne. Et
Dédette était la pythie de cet ombilic, la sybille de cette Porte des Enfers allumant le feu dans nos juvéniles gosiers.
N'est-il pas étrange que nous les Tasons, qui si souvent furent suspectés de machisme - et bien à tort évidemment - n'est-il pas étrange, dis-je, que nous ayons ordonné la liturgie de nos existences autour de deux icônes féminines ? Je veux parler de
Monique bien sûr et de
Dédette (prénom ô combien prédestiné à épouser les voies impénétrables du Seigneur). Icônes, oui, figures emblématiques, rudes divinités qui sont au comptoir ce que les nymphes sont aux sources, mais toujours en somme ça jaillit, que ce soit du flanc d'un rocher ou du ventre d'un tonneau, ça vous régénère, ça vous irrigue l'âme et vous inonde les dents du fond.
Trace-t-on la biographie d'une vestale ? Peut-on décrire le parcours d'une déesse ? Je m'y essaierai brièvement : comme son nom ne l'indique pas, Bernadette L. est le rejeton d'une prestigieuse lignée de troubadours et de jongleurs dont le plus illustre ancêtre s'illustra à la cour d' Aliénor d'Aquitaine par une brassée d'odes paillardes et de poèmes aussi bien troussés que les damoiselles sur lesquelles le gaillard chaud bouillant posait son dévolu. Il engrossa ainsi nombre de bergères, de marquises, de nonnes et de ribaudes, pratiquant l'Art d'Amour avec une ouverture d'esprit très moderne pour l'époque et se retrouva vite doté d'une nombreuse progéniture. . A sa suite, les L. sillonnèrent et inséminèrent le royaume durant tout le Moyen Age et ne se reposèrent qu'à la Renaissance, ayant amassé un pécule suffisant pour s'acheter une longère dans le pays berrichon qui déjà se caractérisait par un immobilier encore abordable pour les petites bourses et les ménestrels non scrofuleux.
Sédentarisés, les L. n'en poursuivirent pas moins leur vocation de saltimbanques. Ils accompagnèrent chaque fête, mariage, baptême, communion, enterrement, Saint-Blaise, Saint-Vincent, Sainte-Cécile, Saint- Glinglin, Noël, Pâques, la Pentecôte et la Trinité, chasses à courre, raouts du troisième âge, réunions Avon et Tupperware, remise de Palmes académiques et Mérite agricole, inauguration de salles polyvalentes et de foyers ruraux, partout on les voyait, semant la joie, la bonne humeur et un sacré bordel, si bien que les autorités civiles et religieuses décidèrent de mettre un frein à cette frénésie et finirent par interdire à la remuante famille de franchir les limites de la commune.
Eric, dit Riquet, Suprême Tason 2007
(méritait depuis longtemps)*
Assignés à résidence, les L. n'avaient plus qu'une seule solution pour continuer de réjouir la population de leurs chants d'allégresse, solution qui était d'ouvrir un estaminet au village. Une école fermait, faute d'élèves tous partis faire le facteur à Paris, alors ils l'ont racheté et transformé en cet endroit sémillant où nous avons la chance d'être reçus encore aujourd'hui. Dotée d'une cuisine ultramoderne, le café-restaurant de Dampierre, avec à sa tête la digne descendante des ancêtres troubadours, Dédette elle-même, n'allait plus cesser de voir enfler sa réputation. Repéré par Gault et Millaut, élu par Jacques Higelin, scandaleusement boudé par le Michelin, il lui manquait encore d'être reconnu par la gent tasonne, la seule qui donne aux lieux de bouche la consécration suprême.
Je ne me souviens plus hélas de ma première visite ici, cela remonte, il est vrai, à plus de deux décennies, et bien des peaux de renard ont été déposées dans les fossés des alentours jusqu'à former des strates archéologiques, mais c'est mille souvenirs qui m'assaillent encore, et des larmes montent en moi (je vous avais prévenus sur le lyrisme) à me dire que plus jamais nous ne verrons
Paton courir sur les tables en poussant des cris mérovingiens,
Doudou déployer sa métaphysique au coin du plus solide comptoir de chêne qu'on ait vu à l'ouest de la Bouzanne,
Mako s'égarer en venant avec son Aronde,
Petit-Jean, ivrogne nantais, descendre à la cave pour remonter de la bonne boutanche de pif,
Lupus hurler comme un ours slovène qui se serait fait coincer les génitoires dans un piège à loup,
Juan-Marcos danser avec
Dabade la salsa à la colombienne,
Nini et
Nano virevolter sur les parquets,
Gatal remonter les bretelles du
Bib en perdition,
Sylvichon et
Goten faire un somptueux strip-tease devant l'Amicale des Chasseurs de Bécasses de Cuzion... (euh, là j'ai dû rêver... c'est le thème du X qui remonte...), oui, nous ne verrons plus
Didande graisser l'orateur à grands coups de gibolin à étoiles et nous ne verrons plus
Kikande étouffer n'importe lequel ou laquelle d'entre nous dans un délire amitié à cinq heures et demie du matin, alors que Dédette nous a laissé la clé sur la porte et que les premiers coqs s'époumonent à essayer d'imiter le rire de
Jean-Michel Le J.
Ce temps-là est révolu. Tasonnes, tasons, la racaille dynamique, avec la disparition de Dampierre, ricane. Oui, elle ricane, la racaille, elle croit qu'elle a partie gagnée. Ce qu'elle ne sait pas, c'est que pour garder sa licence IV, Dédette doit ouvrir au moins une fois par an, et elle ouvrira donc le soir des Tasons. Non, je rêve encore, Dédette n'ouvrira plus. Elle ne nous engueulera plus alors qu'on vient déjeuner à dix sans prévenir, qu'elle n'a pas fait les courses et qu'on ressort quand même rassasiés et extasiés.
Dédette, déjà vers toi nos prières s'élèvent. Ne nous laisse pas aux mains des Mac Drive et des traiteurs. N'abandonne pas Monique dans ce monde passé au Kärcher des normes européennes. Ne ferme pas tes studios. Dampierre, c'est le Hollywood du Tason, le Cinecitta de la Tasonne. Je voudrais pour finir rappeler les 14 films tournés ici et dans les environs (eh oui, si le Président a annoncé le 15ème film X, c'est donc qu'il fut précédé de 14 autres).
Le premier fut -ça ne nous rajeunit pas -
Le Gendarme à Rigaudon, parodie érotique du
Gendarme à Saint-Tropez, rapidement interdit par la préfecture de Guéret. Il fut suivi par
L' Habit à Dudule, opus érotico-comique, vendu sous le manteau à la sortie de la messe à Montchevrier (gros succès), et
Pique-Nique chez les Garces, extérieurs tournés à la Bouzanne et casting réalisé chez Patounette, à La Souterraine. Leur succéda
Du rififi chez Kiki, film dont le tournage à la Pingos fut interrompu par l'arrivée soudaine de Jacqueline Renaldo en veine de ménage. Et puis il y eut la fameuse série des
Bib,
Bib 1, 2, 3 et 4, tournés entièrement en 104 Z et sur le parking du Scorpion, série malheureusement interrompue, elle aussi, non par l'irruption de Jacqueline, mais par l'extinction de nos réserves de cognac et l'exil poitevin de l'acteur principal. Le film suivant fait encore baver tout le monde : il s'agit de
La vie sexuelle de Catherine R. (mais le Président n'a pas encore signé le visa d'exploitation), qui fut prolongé par ce formidable remake de
Megavixen de Russ Meyer, avec Caroline et Sophie en guest stars, lequel causa un émoi certain à la Salle des Fêtes de la Buxerette où il fut projeté en avant-première nationale. Il y eut ensuite la trilogie du
Seigneur des Anus, sommet du porno épique et médiévalo-fantastique et enfin ce chef d'oeuvre incontesté, ce fleuron de l'art cinématographique tason, le mythique
Voyage au Bout de mes Roustons, des frères Dardanlbenne, alias Gary et Paton, avec scènes zoophiliques réglées par John V.
Pour toutes ces merveilles du neuvième art, Dédette, toi qui sut toujours étancher la faim et la soif de nos hardeurs, pour ta patience et ton humanité, nous te sommes et serons toujours reconnaissants.
A toi, et à ta soeur qu'il faut aussi associer à cet hommage, nous levons notre verre !
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Photos de la Suprême Tasonne, Jany, dans un prochain numéro. Tous les paparazzi sont sur le coup.