Par Nil Pétarbrock
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Besoin troublant de passer à confesse |
| Quel est donc ce besoin troublant de passer à confesse ? Un reste d'éducation catholique ? Je ne sais pas, mais il me faut une fois de plus passer aux aveux. Cela me vaudra quelques ennemis, mais c'est le prix à payer, le prix de l'expiation que j'accepte comme le pénitent chiite la flagellation des lourdes chaînes. Mais ne tergiversons pas, allons aux faits : ils remontent à l'enfance, la douce et trompeuse enfance, nid vipérin, embryon de toutes les turpitudes. Je recommence, pardon. Aux faits j'ai dit, aux faits bruts. J'ai l'image en tête, encore bien précise malgré les années : nous sommes, Pascal M. et moi dans le cellier de l'école des filles que dirigeait sa mère. Dans ce cellier, les grands panneaux en bois sur lesquels on colle les affiches pour les élections. Deux hommes montrent leur trogne réjouie, souriante, de candidats quémandant le suffrage des masses : André Laurent, communiste si je me rappelle bien, un rouge en tout cas, qui a la faveur du village, car j'habite alors un petit Longeverne qui vote massivement à gauche, et puis Maurice Papon, oui Papon, le Papon de la Préfecture de Bordeaux, le Papon des massacres d'octobre 1961. Il est là, sur l'affiche, et c'est d'ailleurs lui qui a été élu député cette année-là. Pascal M. suit l'opinion du village, il vote Laurent, il l'affirme haut et fort. Je ne dis rien, mais en mon for intérieur, je suis pour Papon. Je garde ça pour moi, lâchement (il faut dire que je ne sais absolument pas pourquoi j'étais porté vers lui, et je ne devais pas le savoir non plus au moment, c'était un mouvement instinctif : mon instinct me portait vers Papon, bel instinct... - ou était-ce le nom ? Papon, Maurice Papon, Papon ratapon, j'ai toujours eu trop de faiblesse pour les noms). Voilà la cruelle vérité : je fus un paponiste honteux. Peu de temps après, j'aggravai mon cas. A l'occasion du référendum d'avril 1969, je me souviens très clairement avoir demandé à ma grand-mère maternelle ce qu'elle allait voter. Elle me répondit qu'elle songeait fortement à voter non (faisant en cela un choix courageux, en ce qui la concerne, car mon grand-père était un fervent gaulliste, non moins courageux car il était bien le seul dans sa nombreuse fratrie). Et je m'entends encore lui dire qu'à sa place je voterais oui. Ainsi allait la vie dans mon enfance de droite. |
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