Est-ce un hasard si Tasonlande, le haut-lieu de la Tasonnerie, est également la localité de l'Indre la mieux servie en épisodes neigeux et brouillasseux ? Un déterminisme climatique est ici clairement à l'oeuvre : que voulez-vous faire quand l'hiver vous gratifie de cinquante bons centimètres de neige ? Routes impraticables, cars au garage, écoles vides, Tasonlande ne fonctionne plus qu'au ralenti. Il ne reste plus qu'à tasonner, paisiblement (mais peut-on tasonner autrement que paisiblement ?), près de l'âtre où ronfle la bûche ou, mieux, devant un grog puissant et roboratif de chez Monique. D'où il ressort que le réchauffement climatique, qui menace de proscrire la neige de nos contrées, n'est autre qu'un moyen pervers de la racaille dynamique pour éradiquer la Tasonnerie.
Certains Tasonlandais, comme beaucoup de nos amis du
protectorat creusois, ont néanmoins souffert de coupures d'électricité. L'occasion pour certains de remettre en marche les vieilles cuisinières qu'on avait eu la prudence de ne pas fourguer au Verret (pour les non-initiés, la déchettterie tasonlandaise). Par ailleurs, certains tasons s'étaient équipés de ZibroCamin, poêles à pétrole fort performants, sauf qu'ils démarrent sur le secteur (préférer le modèle à piles).
Dimanche matin, malgré le brouillard et les rues encore mal déneigées, le marchand de calendos était fidèle au poste, près du Monument aux Morts. Car il faut dire que le Tasonlandais carbure au calendos, y puisant son énergie légendaire. Invités la veille chez des amis, nous y fûmes très justement régalés d'une excellente raclette au
Mont d'Or.

La Place de la Promenade était déserte, et je m'en fus rapidement retrouver la chaleur de la maison-mère, les bras chargés de pain et du JDD acheté à la Maison de la Presse. Le tenancier du lieu officiait avec sa fille et sa femme. Je dis tenancier et non libraire par un scrupule légitime depuis que je l'ai entendu rétorquer à une pauvre dame qui lui demandait des renseignements sur un livre : "
Si vous croyez qu'on a le temps de lire !"
Dans cette campagne magnifique encore préservée des errements architecturaux de nos villes polluées, nous avons tracé notre chemin dans la neige immaculée, jouissant sans retenue des panoramas étincelants et du silence ouaté que trouaient seuls les fous rires des enfants.
Dans la rigueur de l'hiver tasonlandais, certains tasons industrieux continuent d'oeuvrer au bien-être de leurs contemporains.
Ainsi, cet homme sur la photo a-t-il entrepris de réaliser un
déchausse-bottes en bois. Le tason, de retour de sa promenade dominicale dans la nature immaculée, ne se salira plus les mains pour retirer ses
Baudou ou ses
Aigle.
Ainsi va le progrès dans le pays tason.