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La fiction express du dimanche (5)


  L'iguane   et  le brigand


Le zoo de Saint-Pracastin vivotait depuis des lustres , à l'image de ses lions qui, dans les années 70, avaient attiré toute la jeunesse de la région et des palanquées de cars du troisième âge, mais qui aujourd'hui, arthritiques et parasités, somnolaient interminablement à l'ombre de deux ou trois saules rabougris. Le visiteur s'était fait rare, le personnel mal payé était de plus en plus incompétent et paresseux, et les directeurs se succédaient rapidement : l'un s'était pendu à l'unique palétuvier du parc, un autre s'était enfui avec la caisse et un troisième avait été arrêté pour trafic de cerfs sika avec le boucher du chef-lieu de canton voisin.

C'est alors qu'arriva Madame Léa.

On prétendait qu'elle venait directement du Guatemala. Elle réunit le personnel et affirma qu'elle entendait bien restaurer la réputation du zoo. Et pour ce faire, elle allait en renouveler la faune. Exit les lions, qui seraient revendus à une ménagerie de cirque nécessiteux.

En fait de renouveau, il n'y eut guère que Nestor. Nestor, un iguane dont personne n'a jamais su l'exacte origine. Probable que c'était le seul animal que Madame Léa avait pu acheter avec l'argent des lions. Déjà beau qu'elle ait réussi à les fourguer...

La foule n'allait pas se ruer au zoo pour un iguane, Madame Léa en était bien consciente. Elle fit alors courir le bruit que Nestor avait été capturé près d'une mine d'or où il aurait appartenu à un vieux gringo qui cachait son magot en lui faisant avaler ses pépites.

La crédulité humaine n'a pas de limites : on commença à venir de loin pour voir l'iguane aux pépites, dont l'histoire était savamment distillée par un commentaire enregistré par un balayeur de cages dont le timbre de voix s'apparentait vaguement à celui de Philippe Noiret. Un car de slovaques repartit enchanté de sa visite. Un des membres du groupe, un maffieux qui en profitait pour faire entrer en France trois lance-roquettes, vestiges de la guerre du Kosovo, revint quinze jours plus tard avec des comparses pour s'emparer de la bestiole aurifère.

La tripaille du saurien ne renfermait évidemment aucune pépite. Furieux, les acolytes du brigand le rouèrent de coups et le laissèrent pour mort sur un parking d'autoroute, la tête de Nestor dans la bouche.

L'affaire fit grand bruit et Madame Léa pleura si fort son iguane qu'un comité de soutien se créa dans les jours qui suivirent et organisa une quête dont le succès sans précédent permit d'acquérir trois crocodiles du Nil.

« Et pas n'importe lesquels, déclara Madame Léa, figurez-vous que... »

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