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La fiction brève du dimanche : A ouvrire aprais ma mort

A ouvrire
aprais ma mort

      Il avait écrit son premier testament à  l'âge de vingt-quatre ans, persuadé qu'il ne survivrait pas à un  cuisant échec sentimental avec la jolie Gisèle, coiffeuse du salon aujourd'hui dénommé Créa Tif, 5, rue des Boeufs. Il avait d'ailleurs fait les choses en règle, ayant déposé l'acte chez Maître Plucheux, le notaire de la famille. Ayant survécu contre toute attente (son suicide programmé aux barbituriques s'étant soldé par un bon lavage d'estomac), et rencontré dans la foulée une sémillante infirmière, il entreprit de bâtir maison et fonder famille. Trois lardons plus tard, persuadé de couver un cancer des plus funestes, il rédigea un second testament où, en cent-quarante cinq pages, il détaillait avec la plus grande précision la répartition de son patrimoine. Mais le seul qui fut emporté par la maladie fut Maître Plucheux lui-même, terrassé par une leucémie foudroyante qui laissa pourtant à son client rescapé l'impression tenace qu'il l'avait échappé belle.
        La belle infirmière l'ayant sournoisement trompé avec un prothésiste dentaire, il concocta un codicille vengeur qui devait laisser l'épouse félone sur la paille. Les trois mouflets devenus adolescents d'une rare ingratitude, il déshérita tout ce beau monde chez Maître Poulard (qui devait quelques années plus tard faire les gros titres de la presse locale, impliqué qu'il était dans un trafic et recel d'oeuvres d'art volées dans les églises de la région).
      De plus en plus dégoûté par l' humanité, mais enrichi par la mort soudaine lors d'un voyage au Maroc,  d'une poignée de grand-tantes  pleines aux as, il vit avec horreur se rapprocher de lui l'ignoble marée des solliciteurs de tout poil. Barricadé dans sa villa des hauteurs de la ville, défendu par une meute de rottweilers, il s'attela à l'oeuvre de sa vie : un ultime testament où il s'ingénia à disperser l'intégralité de sa richesse entre les plus grands fripons de la planète. C'est ainsi qu'il légua son service à thé à l'ayatollah Khomeiny et sa collection de dessins érotiques de Rodin à Monseigneur Lefèvre. Tous les deux jours, pour peaufiner le document, il recevait la visite de Maître  Patarin-Morland, qui mourut malheureusement avant la rédaction de la soixante-quatrième partie de l'acte qui traitait de l'attribution de la collection de pots de chambre (legs de Tante Mélanie).
      Aucun notaire n'ayant accepté de reprendre la succession de Maître Patarin-Morland, il consuma ses dernières années dans une calamiteuse série de procès contre le reste de sa famille qui entamèrent son pécule de manière si substantielle qu'on jura l'avoir vu aux Restos du coeur un soir brouillasseux de février.
    Les huissiers qui venaient saisir la villa le retrouvèrent mort de froid dans son salon Directoire, à moitié dévoré par ses chiens. Dans sa main, une enveloppe où, d'une plume fébrile, il avait tracé ces mots : "A ouvrire aprais ma mort". Mais la feuille de brouillon qu'elle contenait,  rongée par l'humidité, était désormais illisible.
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K
Ce  brave Jacquet, pêt à son âme.
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D
Résumé de la fiction brève du dimanche<br /> Le résumé de la fiction brève du dimanche 3 décembre 2006 pourra être retiré, après mon décès, à l’étude de maître Jacquet, 32 place du champ de foire 36140 TASONLAND.
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