Overblog Tous les blogs Top blogs Humour
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

La fiction brève du dimanche : Poète maudit






Poète
maudit



    Il avait commencé à écrire de la poésie pendant ses deux années de pré-retraite. Un furieux lumbago qu'il avait traîné pendant des mois lui avait annihilé le reste de plaisir qu'il éprouvait autrefois à jardiner, et, soudain désoeuvré,  il s'était piqué au jeu des vers et des rimes à l'occasion d'un concours organisé par la feuille de chou locale où il était demandé de pondre un poème sur un souvenir d'enfance. Il s'était fendu d'un sonnet à la grande manière de Hérédia qui lui avait valu le second prix (un aspirateur Samsung dernier cri et deux places pour Holiday on ice qui passait à Limoges).  Six mois plus tard, il publiait en souscription son premier recueil, Les Pleurs du Mâle, très marqué par sa relecture récente de Charles Baudelaire. Peu après, ayant découvert Apollinaire, il se lançait résolument dans le vers libre et passait tout son temps à la terrasse des bistrots, plongé dans la composition d'Elixirs, son grand oeuvre selon ses dires, qui fut malheureusement refusé par deux cent soixante-trois éditeurs parisiens et provinciaux, avant d'être accepté par La Pensée Universelle.
    Son pot de retraite fut mémorable : il remercia l'aimable assistance par un de ses derniers poèmes : un flux vertigineux de mille quatre cents vers à la syntaxe débridée qui ne fut interrompu que par l'évanouissement de Madame Rolande, qui dirige la chorale du diocèse,  quand il fut question des spermes noirs dansant sur  les vagins livides. La nouvelle souscription qu'il lança trois semaines plus tard fut un échec dont il ne s'expliqua pas la raison. On commençait à le regarder d'un oeil inquiet aux réunions du club MGEN.
    Une rupture d'anévrisme mit une fin brutale à cette carrière poétique fulgurante. C'est tout juste si, dans la circonscription, on n'en fit pas un poète maudit. Toujours est-il que Madame Rolande, pas rancunière pour deux sous, fit chanter de fort beaux cantiques lors de son enterrement.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
P
Et comme on dit à Limoges :Degun pus n'auvira la lenga trobairitzqu'avia plan esvelhat las gens d'emper aqui.** Personne n'entendra plus le parler troubadourqui avait réveillé les gens de par ici.putain de bordel de merde !!!
Répondre
P
Et comme on dit à Limoges :Degun pus n'auvira la lenga trobairitzqu'avia plan esvelhat las gens d'emper aqui.** Personne n'entendra plus le parler troubadourqui avait réveillé les gens de par ici. bordel de merde !!!
Répondre
D
Résumé de la fiction brève du dimanche<br /> à l’encontre des idées reçues, dans la région de Limoges, les concours de poésie sont beaucoup mieux primés que les concours de belote.
Répondre