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Petit éloge de la vie de tous les jours

Je fais une petite pause dans ma rétrospective seventies pour parler d'un petit bouquin que je viens de lire ce week-end et que je veux porter à la connaissance de la gent tasonne, même celle qui est désargentée, car l'opus en question ne coûte que deux euros. Il fait partie de cette collection de Petits éloges, dont j'ai déjà particulièrement apprécié l'Eloge de la douceur de Stéphane Audeguy.

Bartelt vit dans les Ardennes, près de la frontière belge. Pas précisément la Côte d'Azur. Ce qui ne le dérange pas : il ouvre le premier texte du volume par ces phrases : "Ce qui est extraordinaire dans nos pays, c'est qu'ils n'ont rien d'extraordinaire. On les parcourt sans jubilation, comme on vit." La jubilation est pour le lecteur qui  parcourt ses pages en appréciant l'ironie subtile, la distance discrète : c'est plein de méchanceté mais c'est vu à hauteur d'homme, là où l'auteur s'en prend aussi dans le museau. Et c'est rempli aussi de bonheurs d'écriture et de cette rude poésie des pays forestiers, pas la poésie du zéphir et des petits oiseaux, plutôt celle des bourrasques et des sangliers. Un extrait :

"Dans mon bureau, certains après-midi, j'ai l'impression de me trouver dans un train, ou au bord de la mer, ou à l'autre bout du monde. Je suis dans une solitude peuplée comme une ville. Je connais les rues, les édifices, les endroits où l'on peut se procurer de l'alcool, du tabac et des cartes à jouer. J'achète et je vends, je consomme, je traduis, j'écoute les conversations dans les bars, j'assite à des cérémonies religieuses ou coutumières. Je fréquente des gens étranges. Je me suis retrouvé plusieurs fois  dans des arrière-cuisines de faubourg, aux fenêtres à petits carreaux colorés, la toile cirée répandait sur la table de ces fleurs qui ne fanent pas, la cafetière fumait et de vieilles personnes jouaient aux dés en silence, avec une lenteur de mouvement qui leur conférait cette espèce de hauteur dédaigneuse qu'on observe chez les danseurs, aux Indes ou en Chine."

Ma conclusion : Franz Bartelt a la fibre tasonne.
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