Bon, je m'y remets, je vous raconte tout sur ma conférence de dimanche et mon vieux tason. J'étais donc au Blanc, pour le 4ème festival Chapitre Nature. A la Salle des Fêtes, à 14 h, intervenait Christian Salmon, écrivain, fondateur du Parlement international des écrivains, une assocation qui avait pour objet (elle est aujourd'hui dissoute) d'organiser une solidarité avec les écrivains menacés,à travers un réseau de 31 villes « refuges »dans le monde. Il a dernièrement publié Verbicide, du bon usage des cerveaux disponibles, aux éditions Climats. Vous voyez, c'était du sérieux, pas de la petite tasonnerie de sous-préfecture. Ça devait se poursuivre par une table ronde intitulée : Quelques plumes contre l'homogénéité culturelle. Bon, comme il n'y avait pas grand monde pour s'intéresser au sort de la littérature, on a quitté l'immense salle des fêtes pour une ramée à l'arrière de la mairie. Une petite brise nous caressait la nuque, ce n'était pas désagréable. A côté de moi, s'est donc installé un vieux monsieur qui tenait stand sur le festival.Louis Ecial est son pseudonyme de poète. Il vit à Mézières-en-Brenne.
La discussion s'engage donc sur les méfaits du capitalisme dans le domaine culturel. Apportant son eau au moulin de la contestation, mon voisin signale que d'une longue lettre adressée à la Nouvelle République, il n'est passé qu'un message tronqué. Il ne dit pas de quoi parlait la lettre : le fait est que la censure existe bel et bien à la Nounou. Personne dans le cercle ne prend la défense du quotidien : tout le monde sait bien que ces abrutis de journaleux locaux sont inféodés aux grands groupes de presse... Le débat reprend sur la nécessaire résistance à opposer au nivellement médiatique. Une dame juge bon de s'attaquer à la figure de l'auteur avec un grand A : il faut lui briser son égo à cet enfoiré d'auteur. Moi, PPESE, diplômé de narratologie tasonnière (mais fort modestement, je n'ai point fait état de mes titres universitaires), ose alors objecter que Balzac, par exemple, malgré un égo boursouflé et des opinions conservatrices, avait néanmoins produit une oeuvre qui non seulement décrivait fort bien la société de son temps, et en particulier les moeurs de l'édition et de la presse, mais pouvait encore servir utilement à l'analyse de la nôtre.C'est un peu après, je crois, que mon Petit Louis a fait sa deuxième intervention : il a proposé à Equinoxe, la grande médiathèque castelroussine, son ouvrage sur son village natal, et on lui a répondu que ça n'intéressait personne.

Il faut dire que son village natal,c'est Garéoult, dans le Var. Les Berrichons ne s'intéressent pas aux villages varois, c'est bien connu. Il m'avait l'air un peu dépité, sur le coup, de ce manque de curiosité. Encore un coup du néo-libéralisme, sans doute. Bon, là-dessus, la discussion reprend et voilà que quelqu'un évoque la mode des blogs. L'instant d'avant, on affirmait que l'écrivain devait se mettre à l'école du réel, à l'écoute des hommes, aller à la rencontre des récits de vie, sortir de son nombrilisme et de son microcosme littéraire. Et voilà que mon subtil démystificateur des modes daube sur ces dizaines de milliers de sites qui se développent à toute allure, ces sortes de journaux intimes "où les gens racontent des tranches de vie insignifiantes, sans intérêt".Ces salauds-là n'ont pas attendu que les écrivains daignent se mettre à leur écoute. Encore une diversion bien sûr à la seule vraie bonne littérature. Le PPESE, décidément mauvais coucheur, reprend la balle au bond et demande comment on pouvait juger a priori de la valeur de ces blogs, sans même en avoir lu quelques-uns (il était clair que l'homme en question ne parlait que par ouï-dire). De la masse de ces blogs n'émergeaient-ils pas quelques lieux de réflexion et d'expression dignes d'attention ? De toute façon, ne manquions-nous pas absolument de recul pour juger de ce phénomène, qu'il paraissait pour le moins prématuré de vouer aux gémonies (je crois que c'est cet espèce de dédain souriant qui m'irritait le plus) ? L'important, quel que soit le médium, c'est un style, une langue. L'écrivain c'est celui qui saura me passionner quand bien même il me parlerait de son village varois dont je n'ai a priori rien à foutre. Là, je me tourne bien sûr vers mon vieux compagnon, qui me dit dans la foulée qu'il va m'offrir son bouquin.
Et voilà comment je suis reparti du Blanc avec Garigoule, étude géophysique des environs de Garéoult (Var). Et en prime, un de ses recueils de poèmes nommé Eros-Evangélica. Oui, Louis Ecial, né en1921, écrit surtout des poèmes érotiques.
« Que serait la vie sans un peu d'érotisme ? » dit-il dans sa dédicace.

Et, ma foi, il a bien raison.
Je vote pour lui, au Prix Tasons2006.
Si vous êtes gentils, je vous en posterai un extrait un de ces prochains jours. Ça vous remontera la libido.