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La fiction brève du dimanche : Peut-être un peu trop scolaire



Peut-être un peu trop scolaire

    Après dix ans de cours de peinture, pastel et aquarelle au club arts et loisirs de sa bonne ville, Ghislaine H. se vit proposer par son professeur la tenue d'une exposition dans le grand Hall de la Salle des Fêtes d'une commune voisine. A l'origine, c'était lui-même qui devait présenter ses oeuvres - vastes compositions influencées par l'abstraction lyrique et mâtinées de pop art - mais il avouait n'être pas encore prêt à livrer au public la quintessence de vingt-cinq années de labeur quotidien, et offrait donc généreusement sa place à l'élève fidèle.
    Celle-ci, charmée plus qu'il n'y paraissait par la proposition, disposait d'une abondante production de plus de trois cents toiles, qui avait réquisitionné la quasi totalité de son sous-sol, au grand désespoir du mari, dont la Xantia couchait dehors depuis deux ans déjà. Encouragée par sa famille et son mentor, Ghislaine accepta d'exposer cinquante-cinq pièces "majeures", auxquelles elle tenait beaucoup et qu'elle ne mit à la vente qu'avec des prix qui firent frémir le mari lui-même, qui pensait bien qu'avec cette exigence-là, sa bagnole n'était pas encore à l'abri demain.
   La suite lui donna raison au-delà de toute désespérance, car rien ne fut vendu. Passé le vernissage, qui  fut marqué par le  discours  interminable et ampoulé du premier adjoint (qui se targuait lui aussi de quelque talent graphique),  en l'absence du maire excusé,  la foule ne fut point au rendez-vous - comme en témoigna le livre d'or qui ne recueillit que trois impressions. L'une, en style fleuri,  mêlant louanges et fautes d'orthographe, et signée Une admiratrice, émanait manifestement de la petite nièce de Ghislaine. La seconde était un "c trop de la merde", écrite  par un de ces petits cons de quatrième que la collègue de Ghislaine avait tenu à faire visiter l'expo. La troisième affirmait que ce n'était pas mal mais que "c'était peut-être un peu trop scolaire" : ce qui, plus que tout, mit en rage Ghislaine H., que l'adjectif "scolaire" atteignit comme la pire insulte qui soit.
    Le professeur ne vint même pas l'aider à décrocher les tableaux comme il lui avait promis. Et six mois plus tard, elle s'aperçut que le tableau qu'elle avait offert à la municipalité - son très beau "Crépuscule sur la roselière de l'étang de Chevry"- avait été accroché dans le couloir de la mairie qui menait aux toilettes.
     Le seul qui au final retira quelque profit de cette aventure fut le mari qui  non seulement put loger à nouveau la Xantia dans le sous-sol, mais également sa collection de mobylettes anciennes qui rouillait jusque-là dans une grange louée au prix fort.
      Les tableaux furent offerts à Emmaüs, non sans réticence de leur part, et Ghislaine H. cessa toute activité plastique.
      Le professeur n'exposa encore pas l'année suivante car toute sa production disparut  une nuit de juin dans un incendie dont l'origine criminelle ne faisait aucun doute, mais dont l'auteur ne fut jamais retrouvé.

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D
Résumé de la fiction brève du dimanche<br /> Trop scolaire ! Grosse colère.
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