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La fiction brève du dimanche : Un fusil comme alibi

Ce n'est qu'au bout d'une semaine qu'il s'avisa que sa femme l'avait quitté. Bon, se dit-il, il va falloir faire avec. Ou plutôt sans. Il se tourna vers sa chienne, Rita,  croisée de braque et de dalmatien qui flairait la charogne comme aucun canidé à trente verstes à la ronde. Rita lui lécha les mains avec affection et il faillit écraser une larme qui, heureusement, se retint en lisière d'oeil. Il n'avait pas pleuré depuis la dérouillée que son paternel lui avait flanquée quand, en revenant  d'un match de foot en quatrième division départementale, soûl perdu, il avait bousillé la mobylette .Le souvenir, du coup, refit surface, et il en eut une petite bouffée de mélancolie : le père était encore vivant alors, et il aurait bien accepté une autre dérouillée semblable juste  pour l'avoir encore un peu en face de lui, le vieux, qui l'avait payé avec sa sueur la mobylette, et plutôt deux fois qu'une. Il lui en voulait pas.

Et à sa femme non plus il en voulait pas. C'était même surprenant qu'elle ait attendu autant, qu'elle se soit pas fait la malle avant. C'est pas qu'il était violent avec elle. Non. Mais il était incapable de la rendre heureuse, il n'était qu'un taiseux qui n'aimait rien tant que de faire de longues virées avec sa chienne, à travers le grand air des collines, un fusil comme alibi. Il aimait boire un coup aussi, et même plusieurs, ça la trempe n'y avait rien changé, sauf qu'il allait à pied maintenant, toujours. C'est elle qui conduisait, qui venait le chercher quand la murge était trop lourde.
Il lui en voulait pas. Elle aurait dû se barrer depuis lurette.

Tu veilleras sur moi, toi, il a dit à Rita. Elle dormait la chienne, à ses pieds, et la pendule au mur égrenait les secondes comme une chute d'eau. Tu me quitteras pas, toi, j'en suis sûr. Il savait que c'était pas vrai : elle avait deux vilains ganglions près des mamelles.

On partira ensemble, il a pensé. Ce foutu fusil servira enfin à quelque chose.


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D
Résumé de la fiction brève du dimanche :Sa femme s'est barrée, sa chienne est inutilisable, il se carre le canon du fusil dans le fion, pour la dernière fois il tire un coup.
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N
@Jean : j'entame une série de fictions noires, dépressives à souhait, aussi joyeuses qu'une semaine pluvieuse à Nantes la négrière. Va falloir s'accrocher au bastingage.@Reporter Fumeux : Attention ! Le type de Gazprom qui vous a répondu n'a aucun intérêt à ébruiter cette histoire. Restez vous-même prudent, on en a empoisonné pour moins que ça (j'ai dû changer les noms : Rita bien sûr n'est qu'un pseudonyme).
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L
J'ai composé le numéro sur la photo et le type qui a décroché m'a dit qu'il n'avait jamais eu de chien s'appelant Rita, jamais eu de chien tout cours d'ailleurs... Ce serait pas des conneries cette histoire ?
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J
... c'est du Louis Pergault, après qu'il soit devenu neurasthénique
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