Par Nil Pétarbrock
L'envie parfois de plagier me vient, fulgurante et obscène. J'ouvre dans la fièvre un livre couronné de prix, un roman méconnu ou une nouvelle tombée dans l'oubli, et je
commence, tremblant chaque fois qu'on ouvre une porte derrière moi, à transposer, à modifier des noms, des lieux, des époques. Ce Meursault devient Marceau, ce bal d'Empire se couvre de sunlights,
cette bicyclette bleue est repeinte aux couleurs de mes géraniums et y gagne même un moteur quatre temps. La perspective d'une publication m'électrise, j'imagine mon bouquin dans les vitrines Relay
de la gare, au coude à coude avec Nothomb et Musso. Je jouis déjà de berner les critiques : je suis heureux, pas du mot du texte original n'est conservé dans ma copie, mon plagiat est
indiscernable. Plus fort encore, parfois j'invente une langue pour mieux dissiper d'éventuels soupçons. Espéranto connu de moi seul, idiome dont je garde bien celées les clés de décryptage.
J'envoie ça par la poste, prenant bien soin de coder l'adresse de l'expéditeur.Eclipse Next 2019 - Hébergé par Overblog